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DEUX POIDS, DEUX MESURES

Religion is at stake in French press, as opinions expressed by Tariq Ramadan and Claude Imbert show it. Why the media reacted in a different way to these provocations?

   | Fabio Benval. En ce mois d’octobre, critiquer une appartenance religieuse est devenu un leitmotiv dans la presse. Malgré les précautions que le sujet impose, les provocations se prêtent mal à la dissimulation: les polémiques nées des propos de l’islamologue Tariq Ramadan et de l’éditorialiste du Point, Claude Imbert, en attestent.
   A en juger la réaction des média, ce sont les propos de Ramadan qui ont suscité le plus de bagarre intellectuelle. Au regard du contenu des deux articles en question, cette sur-médiatisation de l’affaire Ramadan est surprenante.
   Dans une tribune diffusée sur le site oumma.com début octobre, Tariq Ramadan s’en prenait en effet à « certains intellectuels juifs français » qui — il les nommait un par un-parleraient « en tant que défenseurs d’Israël ». L’énormité des propos de Ramadan a trouvé prompte réplique, avant tout de la part de ceux qu’il ciblait. Bernard Henry Lévy a invité les altermondialistes à prendre les distances avec Ramadan. André Glucksmann — lui aussi visé — parlait sur le Nouvel Observateur d’« obsession antisémite ». Ramadan a voulu attaquer des individus bien placés pour lui répondre coup par coup, ceci est indiscutable.
   Mais si Ramadan a été censuré en tant qu’antisémite sans qu’il ait prononcé ouvertement le mot, on peut se demander pourquoi les propos de Claude Imbert, qui n’a pas hésité à se définir « un peu islamophobe » lors d’un débat sur la chaîne LCI, ont été passés sous silence par les média — à l’exception de la critique subtile que Daniel Schneidermann lui a fait dans Libération.
   Dans son éditorial du Point du 24 octobre Claude Imbert n’attaquait pas des individus isolés pour leur credo religieux, mais il appelait à rejeter une religion dans son ensemble, à « résister non seulement à l’islamisme, mais à l’islam lui-même ».
   Un rejet de l’islam d’autant plus déplacé que dans le même article Imbert louait le « calvaire ostentatoire » du Pape. Un rejet de l’appartenance religieuse de millions de français rendu encore plus grave par le fait que Claude Imbert est membre du Haut Conseil pour l’Intégration. Sur ce sujet, la discrétion des média reste étonnante.