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«S’ACCROUPIR, JAMAIS S’ASSEOIR»

In order to get a studio some Parisian artists have to squat unoccupied buildings. This approach often comes whit anarchist background as its durability depends on the authorities’ good will.

   | Martin Vielajus et Yan Rioux. Tout au fond d’une impasse pavée du 12eme arrondissement de Paris, deux immeubles squattés se font face. Le premier, datant des années soixante, est silencieux et délabré. Pas de verrou ni de code d’entrée. “Si vous voulez entendre parler français, allez en face” nous lance l’un des occupants. Les habitants sont des sans-papiers, africains pour la plupart, et le squat est pour eux une nécessité. Juste en face, on brûle ses papiers français. L’immeuble, plutôt coquet, de briques rouges, est décoré de papier aluminium coloré pour les fêtes, et affiche le programme de ses prochaines soirées techno. Pour discuter avec un squatter, il faudra téléphoner et prendre rendez-vous. Entre squat de fortune pour réfugiés et squat d’artistes contestataires, quoi de commun sinon l’œil mauvais sur la voiture de police qui ralentit entre les deux immeubles?
   Si la philosophie de ces clandestins est aisée à comprendre: trouver une place et se faire oublier; du coté des artistes, l’ambiguïté est bien plus grande. «Squatter c’est s’accroupir, jamais s’asseoir» (nous affirme Christelle, 32 ans), «puisque après tout (se pinçant la peau) ça aussi je le squat...». Encore et toujours le même idéal de la bohême, de la communauté retrouvée, mais attention «sans les fleurs et les peace and love». Parce que tout n’est pas rose chez ces squatters et le premier de leur principe est de crier leur rage face à ce «ils» (Etat, promoteurs immobiliers, police, etc) qui s’acharne contre eux. Plus d’Etat, voilà leur solution. Pourtant si l’on rentre un peu plus dans les murs et dans les esprits des squatters, aucun doute que le squat ait besoin d’un contrôle, d’une structure et d’une équipe de «personnalités fortes» pour survivre et éviter la violence. «Si c’est trop ouvert, tu finis avec toutes les familles maghrébines du quartier et ça devient dangereux». Cette «famille» où se mélangent tous les parcours sociaux, jusqu’à des fils d’avocats, se concerte pour savoir qui pourra s’installer, des «SDF sont sous la tutelle d’artistes». Finalement, le squat devient «un vrai petit Etat dans l’Etat» nous glisse Christelle, anarchiste convaincue...
   Quand à l’Etat véritable s’accommode-t-il de cette démarche contestataire?
   La Mairie de Paris, depuis les élections de 2001, accepte de négocier des conventions d’habitation avec les «collectifs d’artistes responsables» selon les mots de Monsieur Delanoë. Ces dernières permettraient de pérenniser certains lieux tant que l’immeuble en question reste inutilisé. La Mairie est allée jusqu’à racheter un immeuble rue de Rivoli, ces arrangements ne pouvant se faire que lorsqu’elle est elle même le propriétaire. Sur la dizaine de squats concernés, aucun n’a pour l’instant signé.
   Curieusement, la mairie communique peu à ce propos comme si elle ne voulait pas encourager le phénomène. Elle affirme n’avoir aucune politique générale, traitant au cas par cas les situations, évaluant le projet artistique défendu. Les squats ne se revendiquant pas comme «artistes» relèvent pour leur part d’un autre service, de la politique de relogement dans les logements sociaux de la ville.
   Si c’est par la reconnaissance de certains artistes sur le marché de l’art et une action volontaire de la part de la Mairie que passe la survie des squats artistiques, les autres squats doivent pour leur part rester discrets et espérer un certain immobilisme des autorités pour ne pas disparaître.