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35mm
CRITIQUE AU VITRIOL



Borat, USA 2006, directed by Larry Charles


    Foto: Fox


   | Aude Weber-Houde (QUÉBEC). Dans la salle de cinéma, des rires francs, surpris, cinglants et gras fusent. Mais aussi, par moments, se font entendre des rires nerveux, gênés. C’est que le film Borat œuvre dans l’irrévérencieux, dans le politiquement incorrect.
   Borat nous présente les tribulations d’un Kazakh à la découverte des États-Unis, mais surtout de ses habitants. Ainsi, un mélange de véritables images tournées sur le vif et de scènes manifestement scénarisées, ou du moins, prévues et préparées, forment un melting pot de gags sur un sujet sinon tabou, du moins épineux : la différence, qu’elle soit culturelle, ethnique, ou sexuelle. Comment représenter et réfléchir le climat interculturel ? L’humour est sans doute une façon de le faire, médiant la dysfonction par le rire. Parce qu’évidemment, sous les apparences loufoques du film, se terre un malaise important, celui d’un conflit de valeurs.
   Si l’image du Kazakhstan que le film nous présente nous paraît à tout le moins surréaliste et teintée d’obscurantisme, le portrait qu’il brosse de l’Amérique n’est guère plus flatteur.
   La caméra documentaire est sans doute celle qui permet le mieux de prendre le pouls des mœurs d’un pays. Or, cette caméra est également celle qui modifie, par le simple fait d’être là, les réactions des protagonistes. Sur ce point, il est difficile de séparer l’image documentaire véritable, authentique, de l’action scénarisée, prévue, préparée. Il faut donc garder en tête le fait que si les scènes documentaires sont captées sur le vif, elles n’en sont pas moins le fruit d’images construites, où l’action a été provoquée, et qu’elles sont orientées selon le point de vue de ceux qui se trouvent derrière la caméra. Ainsi, on sent, dans le montage, la manipulation des images et du propos pour des visées choc.
   Bien sûr, le film peut-être perçu différemment selon le degré de lecture qu’on en fait. Le premier offre un film tout à fait vulgaire et grossier, truffé de blagues de mauvais goût. Mais le fait est que ce mauvais goût appuie précisément sur des cordes sensibles. Quant au second degré, il propose pour sa part le portrait réflexif d’une Amérique réactionnaire. On ne sera pas surpris de constater que le tableau, par moments assez cliché, est peu flatteur pour les Américains, et que, loin de constituer un hommage aux États-Unis, le film se dresse plutôt en critique au vitriol, fardée d’un humour sardonique.

| www.borat.tv