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CABU PAS PRIS


The caricatures of Mohammed by the French comic strip artist Jean “Cabu” Cabut in the satirical magazine “Charlie-Hebdo” have been on trial.
Our interview with Cabu was done shortly before March 22, when his editor Philippe Val, was acquitted by the court.




The cover of Charlie Hebdo on trial: “Muhammed bogged down by the fundamentalists: ‘It’s hard to be loved by assholes...’”


> Quelle fut votre réaction première: Stupéfaction? Colère? Incompréhension? Vous vous y attendiez un peu? Tous ces points ensemble?

> CABU: Tous ensemble, en fait. Car la couverture était vraiment explicite. L’attaque n’était pas contre les croyants, mais contre les fanatiques, contre les intégristes. <

> Ne pensez-vous pas qu’un procès de ce genre ne desserve plus encore la religion musulmane et le Conseil des Musulmans de France?

> CABU: Oui, bien sûr, comme je l’ai dit. L’attaque était contre les intégristes, pas contre les croyants. Nous sommes inquiets. Les intégristes de toutes les religions reprennent du poil de la bête en ce moment. Un exemple, à Paris. Depuis 25 ans, l’église Saint Nicolas du Chardonnay (Vº arrondissement) est occupée par les intégristes catholiques. Jean-Paul II ne les a pas reconnus. Mais le nouveau pape, Benoît XVI, veut remettre la messe en latin au goût du jour et il est prêt à les accueillir à nouveau. <

> Concernant votre dessin, avezvous eu au contraire des messages de soutien provenant de la communauté musulmane?

> CABU: Oui, effectivement! De la part d’intellectuels laics, surtout. Des messages de soutien et de sympathie. D’ailleurs, le nombre d’abonnements a augmenté, parmi eux notamment. <

> Avez-vous déjà eu un autre procès à cause de vos caricatures?

> CABU: Six! Et je les ai tous perdus! C’était dans les années 70. Mais toutes ces caricatures étaient des dessins antimilitaristes, et non pas contre la religion. Ces procès étaient intentés pour injures contre l’armée. C’était une autre époque. <

> Vous sentez-vous libre dans votre travail?

> CABU: A Charlie-Hebdo, oui, totalement. Le rédacteur en chef est celui qui choisit le dessin qui figurera en première page. Pour le reste, nous sommes responsables de nos dessins et agissons en toute liberté. <

> Le verdict changera-t-il quelque chose à votre travail?

> CABU: Si on gagne, non. Si on perd, en revanche, oui, bien sûr. Tous les caricaturistes, tous les auteurs craignent d’être obligés de s’autocensurer. L’autocensure est un frein. La liberté d’expression est essentielle dans notre travail. <

> Attendez-vous quelque chose de ce procès?

> CABU: Nous attendons du procès la preuve que l’on peut, en France, critiquer sans danger toutes les religions. Vous savez, il y a vraiment un problème ici et maintenant. Un exemple vient de deux députés UMP, Eric Raoult, de la Seine Saint-Denis, et Jean-Marc Roubaud, de l’Hérault. Ils ont déposé un projet de loi, heureusement refusé, qui aurait permis de punir le délit de blasphème! Est-ce que vous vous rendez compte? Une telle loi serait un retour de deux siècles en arrière! La révolution française a mis un terme à ce genre de procédés. Une telle loi serait véritablement archaïque. <<


| Interview by François Girard, loumintope.com