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SANS PUB ET SANS REPROCHE


“Le Canard Enchaîné” — the satirical guardian of France since more than 90 years





« C’est grand dommage qu’il n’y ait pas
en Italie un journal comme “Le Canard
Enchaîné”. La satire intelligente est
nécessaire pour les hommes politiques ».

Sandro Pertini, Président de la République Italienne, 1982.



   | Amélie Seydoux (BERLIN/PARIS). Quel homme politique français n’a pas un jour tremblé à la lecture du “Canard Enchaîné”? Financement occulte de partis politiques — PS, RPR, fraudes électorales à la Mairie de Paris — Chirac en 1989, Tibéri en 1997, révélation en 1981 du rôle du haut fonctionnaire Papon, alors ministre du Budget, dans la déportation des Juifs bordelais, publication de la feuille d’impôts du Premier ministre Chaban-Delmas en 1971, il ne paye pas d’impôts! ... et ce n’est qu’un petit extrait des révélations du “Canard” qui depuis plusieurs décennies fait et défait la réputation des politiques français.
   Drôle voire hilarant, incisif, satirique, organe de presse non manipulé et non partisan, “Le Canard Enchaîné” se moque et épingle les puissants du jour, grands patrons, hommes de presse, de lettres, militaires, religieux, artistes, etc. Les révélations de scandales politico-financiers, détails croustillants sur les con. its internes des partis, copinages qui dérapent en abus de biens sociaux, trafics d’influence, arnaques en tout genre et autres joyeusetés commises par les dirigeants, les décideurs, les hommes et les femmes d’influence de France et d’ailleurs remplissent chaque mercredi ses huit pages en deux couleurs à la maquette simple et immuable.
   « “Le Canard” a les idées droites et le cœur résolument à gauche, c’est un journal satirique et humoristique d’opposition, bien qu’il reste étranger à tout esprit de parti ». Créé en 1915, par Maurice Maréchal, journaliste indépendant, le journal se révolte alors contre la propagande officielle et la censure. Un véritable “bourrage de crâne”, imposé par le pouvoir et certains intellectuels, est relayé par la presse. On peut lire des nouvel les hallucinantes, par exemple que l’ypérite, un gaz asphyxiant très nocif utilisé par les allemands, est inoffensif, la preuve est que les soldats français s’en servent, par coquetterie, pour parfumer leur mouchoir! De tous temps, tout est bon pour maintenir l’esprit patriotique...



   Dès sa naissance “Le Canard” a choisi son arme, l’ironie, l’humour, la dérision. Ses dessins et caricatures font la joie de ses lecteurs. Il est célèbre pour la fiabilité de ses enquêtes et l’exclusivité des ses informations. Fait très révélateur du crédit porté au “Canard Enchaîné”, des journalistes, dans l’impossibilité de diffuser certaines infos dans leur propre journal, les lui refilent alors. De même, il arrive que des fonctionnaires d’État, scandalisés par des abus et injustices, viennent en informer la rédaction. Ils le font parce qu’ils pensent que c’est de leur devoir et qu’ils savent que leurs informations ne seront ni déformées ni tronquées.
   Farouchement indépendant, il refuse toutes recettes publicitaires, cas extrême ment rare dans la presse professionnelle. Sa publicité, dit-il, c’est de ne ne pas en avoir! Le journal ne vit que de ses ventes. Actuellement son tirage tourne autour des 600 000 exemplaires et il affiche, con trairement à la plupart de ses confrères français, une bonne santé financière.
   Longue vie au Canard!