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Deutsch English Italiano DE LA MISÈRE EN MILIEU ÉTUDIANT considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyenspour y remédier Par des membres de linternationale Situationniste et des étudiants de Strasbourg, novembre 1966. ![]() the ideal 1968 Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que létudiant en France est, après le policier et le prêtre, lêtre le plus universellement reprisé. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de lidéologie dominante, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé du point de vue de la critique révolutionnaire sont refoulées et inavouées. les tenants de la fausse contestation savent pourtant les reconnaître, et sy reconnaître. Ils inversent ce vrai mépris en une admiration complaisante. ainsi limpuissante intelligentsia de gauche (des temps modernes à lexpress) se pâme devant la prétendue «montée des étudiants», et les organisations bureaucratiques effectivement déclinantes (du parti dit communiste à lU.N.E.F.) se disputent jalousement son appui «moral et matériel». Nous montrerons les raisons de cet intérêt pour les étudiants, et comment elles participent positivement à la réalité dominante du capitalisme surdéveloppé, et nous emploierons cette brochure à les dénoncer une à une : la désaliénation ne suit pas dautre chemin que celui de laliénation. Toutes les analyses et études entreprises sur le milieu étudiant ont, jusquici, négligé lessentiel. Jamais elles ne dépassent le point de vue des spécialisations universitaires (psychologie, sociologie, économie), et demeurent donc : fondamentalement erronées. Toutes, elles commettent ce que Fourier appelait déjà une étourderie méthodique «puisquelle porte régulièrement sur les questions primordiales», en ignorant le point de vue total de la société moderne. le fétichisme des faits masque la catégorie essentielle, et les détails font oublier la totalité. On dit tout de cette société, sauf ce quelle est effectivement : marchande et spectaculaire. les sociologues Bourderon et Passedieu, dans leur enquête «les héritiers: les étudiants et la culture» restent désarmés devant les quelques vérités partielles quils ont fini par prouver. Et, malgré toute leur volonté bonne, ils retombent dans la morale des professeurs, linévitable éthique kantienne dune démocratisation réelle par une rationalisation réelle du système denseignement cest-à-dire de lenseignement du système. tandis que leurs disciples, les Kravetz se croient des milliers à se réveiller, compensant leur amertume petite-bureaucrate par le fatras dune phraséologie révolutionnaire désuète. La mise en spectacle de la réification sous le capitalisme moderne impose à chacun un rôle dans la passivité généralisée. Létudiant néchappe pas à cette loi. Il est un rôle provisoire, qui le prépare au rôle définitif quil assumera, en élément positif et conservateur, dans le fonctionnement du système marchand. Rien dautre quune initiation. Cette initiation retrouve, magiquement, toutes les caractéristiques de linitiation mythique. Elle reste totalement coupée de la réalité historique, individuelle et sociale. létudiant est un être partagé entre un statut présent et un statut futur nettement tranchés, et dont la limite va être mécaniquement franchie. Sa conscience schizophrénique lui permet de sisoler dans une «société dinitiation», méconnaît son avenir et senchante de lunité mystique que lui offre un présent à labri de lhistoire. Le ressort du renversement de la vérité officielle, cest-à-dire économique, est tellement simple à démasquer : la réalité étudiante est dure à regarder en face. Dans une «société dabondance», le statut actuel de létudiant est lextrême pauvreté. Originaires à plus de 80% des couches dont le revenu est supérieur à celui dun ouvrier, 90% dentre eux disposent dun revenu inférieur à celui du plus simple salarié la misère de létudiant reste en deçà de la misère de la société du spectacle, de la nouvelle misère du nouveau prolétariat. En un temps où une partie croissante de la jeunesse saffranchit de plus en plus des préjugés moraux et de lautorité familiale pour entrer au plus tôt dans les relations dexploitation ouverte, létudiant se maintient à tous les niveaux dans une «minorité prolongée», irresponsable et docile. Si sa crise juvénile tardive soppose quelque peu à sa famille, il accepte sans mal dêtre traité en enfant dans les diverses institutions qui régissent sa vie quotidienne. La colonisation des divers secteurs de la pratique sociale ne fait que trouver dans le monde étudiant son expression la plus criante le transfert sur les étudiants de toute la mauvaise conscience sociale masque la misère et la servitude de tous. Mais les raisons qui fondent notre mépris pour létudiant sont dun tout autre ordre. Elles ne concernent pas seulement sa misère réelle mais sa complaisance envers toutes les misères, sa propension malsaine à consommer béatement de laliénation, dans lespoir, devant le manque dintérêt général, dintéresser à son manque particulier les exigences du capitalisme moderne font que la majeure partie des étudiants seront tout simplement de petits cadres (cest-à-dire léquivalent de ce quétait au XIX siècle la fonction douvrier qualifié). Devant le caractère misérable, facile à pressentir, de cet avenir plus ou moins proche qui le «dédommagera» de la honteuse misère du présent, létudiant préfère se tourner vers son présent et le décorer de prestiges illusoires. La compensation même est trop lamentable pour quon sy attache; les lendemains ne chanteront pas et baigneront fatalement dans la médiocrité cest pourquoi il se réfugie dans un présent irréellement vécu. Esclave stoïcien, létudiant se croit dautant plus libre que toutes les chaînes de lautorité le lient. Comme sa nouvelle famille, lUniversité, il se prend pour lêtre social le plus «autonome» alors quil relève directement et conjointement des deux systèmes les plus puissants de lautorité sociale: la famille et lEtat. Il est leur enfant rangé et reconnaissant. Suivant la même logique de lenfant soumis, il participe à toutes les valeurs et mystifications du système, et les concentre en lui. Ce qui était illusions imposées aux employés devient idéologie intériorisée et véhiculée par la masse des futurs petits cadres. Si la misère sociale ancienne a produit les systèmes de compensation les plus grandioses de lhistoire (les religions), la misère marginale étudiante na trouvé de consolation que dans les images les plus éculées de la société dominante la répétition burlesque de tous ses produits aliénés. Létudiant français, en sa qualité dêtre idéologique arrive trop tard à tout. Toutes les valeurs et illusions qui font la fierté de son monde fermé sont déjà condamnées en tant quillusions insoutenables, depuis longtemps ridiculisées par lhistoire. Récoltant un peu du prestige en miettes de lUniversité, létudiant est encore content dêtre étudiant. Trop tard. Lenseignement mécanique et spécialisé quil reçoit est aussi profondément dégradé (par rapport à lancien niveau de la culture générale bourgeoise) que son propre niveau intellectuel au moment où il y accède, du seul fait que la réalité qui domine tout cela, le système économique, réclame une fabrication massive détudiants incultes et incapables de penser. Que lUniversité soit devenue une organisation institutionnelle de lignorance, que la «haute culture» elle-même se dissolve au rythme de la production en série des professeurs, que tous ces professeurs soient des crétins dont la plupart provoqueraient le chahut de nimporte quel public de lycée létudiant lignore ; et il continue découter respectueusement ses maîtres, avec la volonté consciente de perdre tout esprit critique afin de mieux communier dans lillusion mystique dêtre devenu un «étudiant», quelquun qui soccupe sérieusement à apprendre un savoir sérieux, dans lespoir quon lui confiera les vérités dernières. Cest une ménopause de lesprit Tout ce qui se passe aujourdhui dans les amphithéâtres des écoles et des facultés sera condamné dans la future société révolutionnaire comme bruit, socialement nocif. Dores et déjà, létudiant fait rire. Létudiant ne se rend même pas compte que lhistoire altère aussi son dérisoire monde «fermé». La fameuse «Crise de lUniversité», détail dune crise plus générale du capitalisme moderne, reste lobjet dun dialogue de sourds entre différents spécialistes. Elle traduit tout simplement les difficultés dun ajustement tardif de ce secteur spécial de la production à une transformation densemble de lappareil productif. Les résidus de la vieille idéologie de lUniversité libérale bourgeoise se banalisent au moment où sa base sociale disparaît. LUniversité a pu se prendre pour une puissance autonome à lépoque du capitalisme de libre-echange et de son etat libéral, qui lui laissait une certaine liberté marginale. elle dépendait, en fait, étroitement des besoins de ce type de societé : donner à la minorité privilégiée, qui faisait des études, la culture générale adéquate, avant quelle ne rejoigne les rangs de la classe dirigeante dont elle était à peine sortie. Doù le ridicule de ces professeurs nostalgiques, aigris davoir perdu leur ancienne fonction de chiens de garde des futurs maîtres pour celle, beaucoup moins noble, de chiens de berger conduisant, suivant les besoins planifiés du système économique, les fournées de «cols blancs» vers leurs usines et bureaux respectifs. Ce sont eux qui opposent leurs archaïsmes à la technocratisation de lUniversité, et contiluent imperturbablement à débiter les bribes dune culture dite générale à de futurs spécialistes qui ne sauront quen faire. Plus sérieux, et donc plus dangereux, sont les modernistes de la gauche et ceux de lU.N.E.F. menés par les «ultras» de la F.G.E.L., qui revendiquent une «réforme de structure de lUniversité», une «réinsertion de lUniversité dans la vie sociale et économique», cest-à-dire son adaptation aux besoins du capitalisme moderne. De dispensatrices de la «culture générale» à lusage des classes dirigeantes, les diverses facultés et écoles, encore parées de prestiges anachroniques, sont transformées en usines délevage hâtif de petits cadres et de cadres moyens. loin de contester ce processus historique qui subordonne directement un des derniers secteurs relativement autonome de la vie sociale aux exigences du système marchand, nos progressistes protestent contre les retards et défaillances que subit sa réalisation. Ils sont les tenants de la future Université cybernétisée qui sannonce déjà çà et là. Le système marchand et ses serviteurs modernes, voila lennemi. Mais il est normal que tout ce débat passe par-dessus la tête de létudiant, dans le ciel de ses maîtres et lui échappe totalement: lensemble de sa vie, et a fortiori de sa vie, lui échappe. De par sa situation économique dextrême pauvreté, létudiant est condamné à un certain mode de survie très peu enviable. Mais toujours content de son être, il érige sa triviale misère en «style de vie» original : le misérabilisme et la bohème. Or, la «bohème», déjà loin dêtre une solution originale, nest jamais authentiquement vécue quaprès une rupture complète et irréversible avec le milieu universitaire. Ses partisans parmi les étudiants (et tous se targuent de lêtre un peu) ne font donc que saccrocher à une version factice et dégradée de ce qui nest, dans le meilleur des cas, quune médiocre solution individuelle. Ils méritent jusquau mépris des vieilles dames de la campagne. Ces «originaux» continuent, trente ans après W. Reich, cet excellent éducateur de la jeunesse, à avoir les comportements érotiques-amoureux les plus traditionnels, reproduisant les rapports généraux de la société de classes dans leurs rapports inter-sexuels. laptitude de létudiant à faire un militant de tout acabit en dit long sur son impuissance. Dans la marge de liberté individuelle permise par le spectacle totalitaire, et malgré son emploi du temps plus ou moins lâche, létudiant ignore encore laventure et lui préfère un espace-temps quotidien étriqué, aménagé à son intention par les garde-fous du même spectacle. Sans y être contraint, il sépare de lui-même travail et loisirs, tout en proclamant un hypocrite mépris pour les «bosseurs» et les «bêtes à concours». Il entérine toutes les séparations et va ensuite gémir dans divers «cercles» religieux, sportifs, politiques ou syndicaux, sur la non communication. Il est si bête et si malheureux quil va même jusquà se confier spontanément et en masse au contrôle parapolicier des psychiatres et psychologues, mis en place à son usage par lavant-garde de loppression moderne, et donc applaudi par ses «représentants» qui voient naturellement dans ces Bureaux daide Psychologique Universitaire (B.a.P.U.) une conquête indispensable et méritée. Mais la misère réelle de la vie quotidienne étudiante trouve sa compensation immédiate, fantastique, dans son principal opium: la marchandise culturelle. Dans le spectacle culturel, létudiant retrouve naturellement sa place de disciple respectueux. Proche du lieu de production sans jamais y accéder le Sanctuaire lui reste interdit létudiant découvre la «culture moderne» en spectateur admiratif. a une époque où lart est mort, il reste le principal fidele des théâtres et des ciné-clubs, et le plus avide consommateur de son cadavre congelé et diffusé sous cellophane dans les supermarchés pour les ménagères de labondance. II y participe sans réserve, sans arrière-pensée et sans distance. Cest son élément naturel. Si les «maisons de la culture» nexistaient pas, létudiant les aurait inventées. II vérifie parfaitement les analyses les plus banales de la sociologie américaine du marketing: consommation ostentatoire, établissement dune différenciation publicitaire entre produits identiques dans la nullité (Pérec ou RobbeGrillet; Godard ou Lelouch). Et, des que les «dieux» qui produisent ou organisent son spectacle culturel sincarnent sur scène, il est leur principal public, leur fidèle rêvé. Ainsi assiste-t-il en masse à leurs démonstrations les plus obscènes; qui dautre que lui peuplerait les salles quand, par exemple, les curés des différentes églises viennent exposer publiquement leurs dialogues sans rivages (semaines de la pensée dite marxiste, réunions dintellectuels catholiques) ou quand les débris de la littérature viennent constater leur impuissance (cinq mille étudiants à «Que peut la littérature ?»). Incapable de passions réelles, il fait ses délices des polémiques sans passion entre les vedettes de lintelligence, sur de faux problèmes dont la fonction est de masquer les vrais : Althusser Garaudy Sartre Barthes Picard Lefebvre Levi Strauss Halliday Chatelet Antoine. Humanisme Existentialisme Structuralisme Scientisme Nouveau Criticisme Dialecto-naturalisme Cybernétisme Planétisme Métaphilosophisme. Dans son application, il se croit. davant-garde parce quil a vu le dernier Godard, acheté le dernier livre argumentiste, participé au dernier happening de lapassade, ce con. Cet ignorant prend pour des nouveautés «révolutionnaires», garanties par label, les plus pâles ersatz danciennes recherches effectivement importantes en leur temps, édulcorées à lintention du marché. La question est de toujours préserver son standing culturel. Létudiant est fier dacheter, comme tout le monde, les rééditions en livre de poche dune série de textes importants et difficiles que la «culture de masse» répand à une cadence accélérée. Seulement, il ne sait pas lire. Il se contente de les consommer du regard. Ses lectures préférées restent la presse spécialisée qui orchestre la consommation délirante des gadgets culturels; docilement, il accepte ses oukases publicitaires et en fait la reférence-standard de ses goûts. Il fait encore ses délices de lExpress et de lObservateur, ou bien il croit que le Monde, dont le style est déjà trop difficile pour lui, est vraiment un journal «objectif» qui reflète lactualité Pour approfondir ses connaissances générales, il sabreuve de Planète, la revue magique qui enlève les rides et les points noirs des vieilles idées. Cest avec de tels guides quil croit participer au monde moderne et sinitier à la politique. Car létudiant, plus que partout ailleurs, est content dêtre politisé. Seulement, il ignore quil y participe à travers le même spectacle. ainsi se réapproprie-t-il tous les restes en lambeaux ridicules dune gauche qui fut anéantie voilà plus de quarante ans, par le réformisme «socialiste» et par la contre-révolution stalinienne. Cela, il lignore encore, alors que le Pouvoir le sait clairement, et les ouvriers dune façon confuse. Il participe, avec une fierté débile, aux manifestations les plus dérisoires qui nattirent que lui. La fausse conscience politique se trouve chez lui à létat pur, et létudiant constitue la base idéale pour les manipulations des bureaucrates fantomatiques des organisations mourantes (du Parti dit Communiste à lU.N.E.F.). Celles-ci programment totalitairement ses options politiques ; tout écart ou velléité d»indépendance» rentre docilement, après une parodie de résistance, dans un ordre qui na jamais été un instant mis en question. Quand il croit aller outre, comme ces gens qui se nomment, par une véritable maladie de linversion publicitaire, J.C.R., alors quils ne sont ni jeunes, ni communistes, ni révolutionnaires, cest pour se rallier gaiement au mot dordre pontifical : Paix au Viet-Nam. Létudiant est fier de sopposer aux «archaïsmes» dun de Gaulle, mais ne comprend pas quil le fait au nom derreurs du passé, de crimes refroidis (comme le stalinisme à lépoque de Togliatti Garaudy Krouchtchev Mao) et quainsi sa jeunesse est encore plus archaïque que le pouvoir qui, lui, dispose effectivement de tout ce quil faut pour administrer une société moderne. Mais létudiant nen est pas à un archaïsme près. Il se croit tenu davoir des idées générales sur tout, des conceptions cohérentes du monde, qui donnent un sens à son besoin dagitation et de promiscuité asexuée. Cest pourquoi, joué par les dernières fébrilités des églises, il se rue sur la vieillerie des vieilleries pour adorer la charogne puante de Dieu et sattacher aux débris décomposés des religions préhistoriques, quil croit dignes de lui et de son temps on ose à peine le souligner, le milieu étudiant est, avec celui des vieilles femmes de province, le secteur où se maintient la plus forte dose de religion professée, et reste encore la meilleure «terre de missions» (alors que, dans toutes les autres, on a déjà mangé ou chassé les curés), où des prêtresétudiants continuent à sodomiser, sans se cacher, des milliers détudiants dans leurs chiottes spirituelles. Certes, il existe tout de même, parmi les étudiants, des gens dun niveau intellectuel suffisant. Ceux-là dominent sans fatigue les misérables contrôles de capacité prévus pour les médiocres, et ils les dominent justement parce quils ont compris le système, parce quils le méprisent et se savent ses ennemis. Ils prennent dans le système des études ce quil a de meilleur : les bourses. Profitant des failles du contrôle, que sa logique propre oblige actuellement et ici à garder un petit secteur purement intellectuel, la «recherche», ils vont tranquillement porter le trouble au plus haut niveau : leur mépris ouvert à légard du système va de pair avec la lucidité qui leur permet justement dêtre plus forts que les valets du système, et tout dabord intellectuellement. Les gens dont nous parlons figurent en fait déjà parmi les théoriciens du mouvement révolutionnaire qui vient, et se flattent dêtre aussi connus que lui quand on va commencer à en parler. Ils ne cachent à personne que ce quils prennent si aisément au «système des études» est utilisé pour sa destruction. Car létudiant ne peut se révolter contre rien sans se révolter contre ses études, et la nécessité de cette révolte se fait sentir moins naturellement que chez louvrier, qui se révolte spontanément contre sa condition. Mais létudiant est un produit de la société moderne, au même titre que Godard et le Coca-Cola. Son extrême aliénation ne peut être contestée que par la contestation de la société toute entière. en aucune façon cette critique ne peut se faire sur le terrain étudiant : létudiant, comme tel, sarroge une pseudo-valeur, qui lui interdit de prendre conscience de sa dépossession réelle et, de ce fait, il demeure au comble de la fausse conscience. Mais, partout où la société moderne commence à être contestée, il y a révolte de la jeunesse, qui correspond immédiatement à une critique totale du comportement étudiant. Après une longue période de sommeil léthargique et de contre-révolution permanente, sesquisse, depuis quelques années, une nouvelle période de contestation dont la jeunesse semble être la porteuse. Mais la société du spectacle, dans la représentation quelle se fait delle-même et de ses ennemis, impose ses catégories idéologiques pour la compréhension du monde et de lhistoire. elle ramène tout ce qui sy passe à lordre naturel des choses, et enferme les véritables noveautés qui annoncent son dépassement dans le cadre restreint de son illusoire nouveauté. La révolte de la jeunesse contre le mode de vie quon lui impose nest, en réalité, que le signe avant-coureur dune subversion plus vaste qui englobera lensemble de ceux qui éprouvent de plus en plus limpossibilité de vivre, le prélude à la prochaine époque révolutionnaire. Seulement lidéologie dominante et ses organes quotidiens, selon des mécanismes éprouvés dinversion de la réalité, ne peuvent que réduire ce mouvement historique réel à une pseudo-catégorie socio-naturelle : lIdée de la Jeunesse (dont il serait dans lessence dêtre révoltée). Ainsi ramène-t-on une nouvelle jeunesse de la révolte à léternelle révolte de la jeunesse, renaissant à chaque génération pour sestomper quand le «le jeune homme est pris par le sérieux de la production et par lactivité en vue des fins concrètes et véritables». La «révolte des jeunes «a été et est encore lobjet dune véritable inflation journalistique qui en fait le spectacle dune «révolte» possible à donner contempler pour empêcher quon la vive, la sphère aberrante déjà intégrée nécessaire au fonctionnement du système social ; cette révolte contre la société rassure la société parce quelle est censée rester partielle, dans lapartheid des «problèmes» de la jeunesse comme il y aurait des problèmes de la femme, ou un problème noir et ne durer quune partie de la vie. En réalité, sil y a un problème de la «jeunesse» dans la société moderne, cest que la crise profonde de cette société est ressentie avec le plus dacuité par la jeunesse. Produit par excellence de cette société moderne, elle est elle-même moderne, soit pour sy intégrer sans réserves, soit pour la refuser radicalement. Ce qui doit surprendre, ce nest pas tant que la jeunesse soit révoltée, mais que les «adultes» soient si résignés. Ceci na pas une explication mythologique, mais historique : la générationprécédente a connu toutes les défaites et consommé tous les mensonges de la période de désagrégation honteuse du mouvement révolutionnaire. Considérée en elle même, la «Jeunesse» est un mythe publicitaire déjà profondément lié au mode de production capitaliste, comme expression de son dynamisme. Cette illusoire primauté de la jeunesse est devenue possible avec le redémarrage de léconomie, après la Deuxième Guerre mondiale, par suite de lentrée en masse sur le marché de toute une catégorie de consommateurs plus malléables, un rôle qui assure un brevet dintégration à la société du spectacle. mais lexplication dominante du monde se trouve de nouveau en contradiction avec la réalité socio-économique (car en retard sur elle) et cest justement la jeunesse qui, la première, affirme une irrésistible fureur de vivre et sinsurge spontanément contre lennui quotidien et le temps mort que le vieux monde continue à secréter à travers ses différentes modernisations. La fraction révoltée de la jeunesse exprime le pur refus sans la conscience dune perspective de dépassement, son refus nihiliste. Cette perspective se cherche et se constitue partout dans le monde. Il lui faut atteindre la cohérence de la critique théorique et lorganisation pratique de cette cohérence. Au niveau le plus sommaire, les «Blousons noirs», dans tous les pays, expriment avec le plus de violence apparente le refus de sintégrer. mais le caractère abstrait de leur refus ne leur laisse aucune chance déchapper aux contradictions dun système dont ils sont le produit négatif spontané. les «Blousons noirs» sont produits par tous les côtés de lordre actuel : lurbanisme des grands ensembles, la décomposition des valeurs, lextension des loisirs consommables de plus en plus ennuyeux, le contrôle humaniste-policier de plus en plus étendu à toute la vie quotidienne, la survivance économique de la cellule familiale privée de toute signification. Ils méprisent le travail mais ils acceptent les marchandises. Ils voudraient avoir tout ce que la publiccité leur montre, tout de suite et sans quils puissent le payer. Cette contradiction fondamentale domine toute leur existence, et cest le cadre qui emprisonne leur tentative daffirmation pour la recherche dune véritable liberté dans lemploi du temps, laffirmation individuelle et la constitution dune sorte de communauté. (Seulement, de telles micro-communautés recomposent, en marge de la société développée, un primitivisme où la misère recrée inéluctablement la hiérarchie de la bande. Cette hiérarchie, qui ne peut saffirmer que dans la lutte contre dautres bandes, isole chaque bande et, dans chaque bande, lindividu). Pour sortir de cette contradiction, le «Blouson noir» devra finalement travailler pour acheter des marchandises et là tout un secteur de la production est expressément fabriqué pour sa récupération en tant que consommateurs (motos, guitares électriques, vêtements, disques, etc.) ou bien il doit sattaquer aux lois de la marchandise, soit de façon primaire en la volant, soit dune façon consciente en sélevant à la critique révolutionnaire du monde de la marchandise. La consommation adoucit les moeurs de ces jeunes révoltés, et leur révolte retombe dans le pire conformisme. le monde des Blousons noirs na dautre issue que la prise de conscience révolutionnaire ou lobéissance aveugle dans les usines. Les Provos constituent la première forme de dépassement de lexpérience des «Blousons noirs», de lorganisation de sa première expression politique. Ils sont nés à la faveur dune rencontre entre quelques déchets de lart décomposé en quête de succès et une masse de jeunes révoltés en quête daffirmation. Leur organisation a permis aux uns et aux autres davancer et daccéder à un nouveau type de contestation. les «artistes» ont apporté quelques tendances, encore très mysttifiées, vers le jeu, doublées dun fatras idéologique ; les jeunes révoltés navaient pour eux que la violence de leur révolte. Dès la formation de leur organisation, les deux tendances sont restées distinctes ; la masse sans théorie sest trouvée demblée sous la tutelle dune mince couche de dirigeants suspects qui essaient de maintenir leur «pouvoir» par la sécrétion dune idéologie provotarienne. Au lieu que la violence des «Blousons noirs» passe sur le plan des idées dans une tentative de dépassement de lart, cest le réformisme néo-artistique qui la emporté. les Provos sont lexpression du dernier réformisme produit par le capitalisme moderne : celui de la vie quotidienne. alors quil ne faut pas moins dune révolution ininterrompue pour changer la vie, la hiérarchie Provo croit comme Bernstein croyait transformer le capitalisme en socialisme par les réformes quil suffit dapporter quelques améliorations pour modifier la vie quotidienne. Les Provos, en optant pour le fragmentaire, finissent par accepter la totalité. Pour se donner une base, leurs dirigeants ont inventé la ridicule idéologie du Provotariat (salade artistico-politique innocemment composée avec des restes moisis dune fête quils nont pas connue), destinée, selon eux, à sopposer à la prétendue passivité et à lembourgeoisement du Prolétariat, tarte à la crème de tous les crétins du siècle. Parce quils désespèrent de transformer la toatalité, ils désespèrent des forces qui, seules, portent lespoir dun dépassement possible. le Prolétariat est le moteur de la société capitaliste, et donc son danger mortel : tout est fait pour le réprimer (partis, syndicats bureaucratiques, police, plus souvent que contre les Provos, colonisation de toute sa vie), car il est la seule force réellement mençante. Les Provos nont rien compris de cela : ainsi, ils restent incapables de faire la critique du système de production, et donc prisonniers de tout le système. Et quand, dans une émeute ouvrière anti-syndicale, leur base sest ralliée à la violence directe, les dirigeants étaient complètement dépassés par le mouvement et, dans leur affolement, ils nont rien trouvé de mieux à faire que dénoncer les «excès» et en appeler au pacifisme, renonçant lamentablement à leur programme : provoquer les autorités pour en montrer le caractère répressif (et criant quils étaient provoqués par la police). Et, pour comble, ils ont appelé, de la radio, les jeunes émeutiers à se laisser éduquer par les «Provos», cest à dire par les dirigeants, qui ont largement montré que leur vague «anarchisme» nest quun mensonge de plus. La base révoltée des Provos ne peut accéder à la critique révolutionnaire quen commençant par se révolter contre ses chefs, ce qui veut dire rallier les forces révolutionnaires objectives du Prolétariat et se débarasser dun Constant, lartiste officiel de la Hollande Royale, ou dun De Vries, parlementaire raté et admirateur de la police anglaise. Là, seulement, les Provos peuvent rejoindre la contestation moderne authentique qui a déjà une base réelle chez eux. Sils veulent réellement transformer le monde, ils nont que faire de ceux qui veulent se contenter de le peindre en blanc. En se révoltant contre leurs études, les étudiants américains ont immédiatement mis en question une société qui a besoin de telles études. De même que leur révolte (à Berkeley et ailleurs) contre la hiérarchie universitaire sest demblée affirmée comme révolte contre tout le système social basé sur la hiérarchie et la dictature de léconomie et de letat. En refusant dintégrer les entreprises, auxquelles les destinaient tout naturellement leurs études spécialisées, ils mettent profondément en question un système de production où toutes les activités et leur produit échappent totalement à leurs auteurs. ainsi, à travers des tâtonnements et une confusion encore très importante, la jeunesse américaine en révolte en vient-elle à chercher, dans la «société dabondance», une alternative révolutionnaire cohérente. Elle reste largement attachée aux deux aspects relativement accidentels de la crise américaine : les Noirs et le Viet-Nam ; et les petites organisations qui constituent «la Nouvelle Gauche» sen ressentent lourdement. Si, dans leur forme, une authentique exigence de démocratie se fait sentir, la faiblesse de leur contenu subversif les fait retomber dans des contradictions dangereuses. Lhostilité à la politique traditionnelle des vieilles organisations est facilement récuprérée par lignorance du monde politique, qui se traduit par un grand manque dinformations, et des illusions sur ce qui se passe effectivement dans le monde. Lhostilité abstraite à leur société les conduit à ladmiration ou à lappui de ses ennemis les plus apparents : les bureaucraties dites socialistes, la Chine ou Cuba. Ainsi trouvet-on dans un groupe comme «Resurgence Youth movement», et en même temps une condamnation à mort de letat et une éloge de la «Révolution Culturelle» menée par la bureaucratie la plus gigantesque des temps modernes : la Chine de mao. De même que leur organisation semi-libertaire et non directive risque, à tout moment, par le manque manifeste de contenu, de retomber dans lidéologie de la «dynamique des groupes» ou dans le monde fermé de la Secte. la consommation en masse de la drogue est lexpression dune misère réelle et la protestation contre cette misère réelle : elle est la fallacieuse recherche de liberté dans un monde sans liberté, la critique religieuse dun monde qui a lui-même dépassé la religion. Ce nest pas par hasard quon la trouve surtout dans les milieux beatniks (cette droite des jeunes révoltés), foyers du refus idéologique et de lacceptation des superstitions les plus fantastiques (Zen, spiritisme, mysticisme de la «New Church» et autres pourritures comme le Gandhisme ou lHumanisme ...). A travers leur recherche dun programme révolutionnaire, les étudiants américains commettent la même erreur que les «Provos» et se proclament «la classe la plus exploitée de la société» ; ils doivent, dès à présent, comprendre quils nont pas dintérêts distincts de tous ceux qui subissent loppression généralisée et lesclavage marchand. A lEst, le totalitarisme bureaucratique commence à produire ses forces négatives. La révolte des jeunes y est particulièrement virulente, et nest connue quà travers les dénonciations quen font les différents organes de lappareil ou les mesures policières quil prend pour les contenir. Nous apprenons ainsi quune partie de la jeunesse ne «respecte» plus lordre moral et familial (tel quil existe sous sa forme bourgeoise la plus détestable), sadonne à la «débauche», méprise le travail et nobéit plus à la police du parti. et, en U.R.S.S., on nomme un ministre expressément pour combattre le hooliganisme. mais, parallèlement à cette révolte diffuse, une contestation plus élaborée tente de saffirmer, et les groupes ou petites revues clandestines apparaissent et disparaissent selon les fluctuations de la répression policière. Le fait le plus important a été la publication par les jeunes Polonais Kuron et Modzelewski de leur «Lettre ouverte au Parti Ouvrier Polonais». Dans ce texte, ils affirment expressément «la nécessité de labolitaion des rapports de production et des relations sociales actuelles» et voient quà cette fin «la révolution est inéluctable». Lintelligentsia des pays de lest cherche actuellement à rendre conscientes et à formuler clairement les raisons de cette critique que les ouvriers ont concrétisée à Berlin-Est, à Varsovie et à Budapest, la critique prolétarienne du pouvoir de classe bureaucratique. Cette révolte souffre profondément du désavantage de poser demblée les problèmes réels, et leur solution. Si, dans les autres pays, le mouvement est possible, mais le but reste mystifié, dans les bureaucraties de lest, la contestation est sans illusion, et ses buts connus. Il sagit pour elle dinventer les formes de leur réalisation, de souvrir le chemin qui y mène. Quant à la révolte des jeunes Anglais, elle a trouvé sa première expression organisée dans le mouvement antiatomique. Cette lutte partielle, ralliée autour du vague programme du Comité des Cent qui a pu rassembler jusquà 300.000 manifestants a accompli son plus beau geste au printemps 1963 avec le scandale R.S.G. 6. Elle ne pouvait que retomber, faute de perspectives, récupérée par les belles âmes pacifistes. Larchaïsme du contrôle dans la vie quotidienne, caractéristique de lAngleterre, na pu résister à laasaut du monde moderne, et la décomposition accélérée des valeurs séculaires engendre des tendances profondément révolutionnaires dans la critique de tous les aspects du mode de vie. Il faut que les exigences de cette jeunesse rejoignent la résistance dune classe ouvrière qui compte parmi les plus combatives du monde, celle des shop-stewards et des grèves sauvages, et la victoire de leurs luttes ne peut être recherchée que dans des perspectives communes. Lécroulement de la social-démocratie au pouvoir ne fait que donner une chance supplémentaire à leur rencontre. Les explosions quoccasionnera une telle rencontre seront autrement plus formidables que tout ce quon a vu à Amsterdam. Lémeute provotarienne ne sera, devant elles, quun jeu denfants. De là seulement peut naître un véritable mouvement révolutionnaire, où les besoins pratiques auront trouvé leur réponse. Le Japon est le seul parmi les pays industriellement avancés où cette fusion de la jeunesse étudiante et des ouvriers davant-garde soit déjà réalisée. Zengakuren, la fameuse organisation des Etudiants révolutionnaires et la Ligue des jeunes travailleurs marxistes, sont les deux importantes organisations formées sur lorientation commune de la ligue Communiste Révolutionnaire. Cette formation en est déjà à se poser le problème de lorganisation révolutionnaire. Elle combat simultanément, et sans illusions, le Capitalisme à lOuest et la Bureaucratie des pays dits socialistes. Elle groupe déjà quelques milliers détudiants et douvriers organisés sur une base démocratique et anti-hiérarchique, sur la participation de tous les membres à toutes les activités de lorganisation. Ainsi les révolutionnaires japonais sont-ils les premiers dans le monde à mener déjà de grandes luttes organisées, se référant à un programme avancé, avec une large participation des mase. Sans arrêt, des milliers douvriers et détudiants descendent dans la rue et affrontent violemment la police japonaise. Cependant, la L.C.R., bien quelle les combatte fermement, nexplique pas complètement et conrètement les deux systèmes. Elle cherche encore à définir précisément lexploitation bureaucratique, de même quelle nest pas encore arrivée à formuler explicitement les caractères du Capitalisme moderne, la critique de la vie quotidienne et la critique du spectacle. La ligue Communiste Révolutionnaire reste fondamentalement une organisation prolétarienne clasique. Elle est actuellement la plus importante formation révolutionnaire du monde, et doit être, dores et déjà, un des pôles de discussion et de rassemblement pour la nouvelle critique révolutionnaire prolétarienne dans le monde. «Être davant-garde, cest marcher au pas de la réalité». La critique radicale du monde moderne doit avoir maintenant pour objet et pour objectif la «totalité». Elle doit porter indissolublement sur son passé réel, sur ce quil est effectivement et sur les perspectives de sa transformation. Cest que, pour pouvoir dire toute la vérité du monde actuel et, a fortiori, pour formuler le projet de sa subversion totale, il faut être capable de révéler toute son histoire cachée, cest à dire regarder dune façon totalement démystifiée et fondamentalement critique, lhistoire de tout le mouvement révolutionnaire international, inaugurée voilà plus dun siècle par le prolétariat des pays dOccident, ses «échecs» et ses «victoires». «Ce mouvement contre lensemble de lorganisation du vieux monde est depuis longtemps fini» et a échoué. Sa dernière manifestation historique étant la défaite de la révolution prolétarienne en Espagne (à Barcelone, en mai 1937). Cependant, ses «échecs» officiels, comme ses «victoires» officielles, doivent être jugés à la lumière de leurs prolongements, et leurs vérités rétablies. Ainsi, nous pouvons affirmer qu»il y a des défaites qui sont des victoires et des victoires plus honteuses que des défaites» (Karl liebknecht à la veille de son assassinat). La première grande «défaite» du pouvoir prolétarien, la Commune de Paris, est en réalité sa première grande victoire car, pour la première fois, le Prolétariat primitif a affirmé sa capacité historique de diriger dune façon libre tous les aspects de la vie sociale. De même que sa première grande «victoire», la révolution bolchévique, nest en définitive que sa défaite la plus lourde de conséquences. Le triomphe de lordre bolchevik coïncide avec le mouvement de contre-révolution internationale qui commença avec lécrasement des Spartakistes par la «Social-démocratie» allemande. Leur triomphe commun était plus profond que leur opposition apparente, et cet odre bolchevik nétait, en définitive, quun déguisement nouveau et une figure particulière de lordre ancien. Les résultats de la contre-révolution russe furent, à lintérieur, létablissement et le développement dun nouveau mode dexploitation, le capitalisme bureaucratique detat et, à lextérieur, la multiplication des sections de lInternationale dite communiste, succursales destinées à le défendre et à répandre son modèle. Le capitalisme, sous ses différentes variantes bureaucratiques et bourgeoises, florissait de nouveau sur les cadavres des marins de Kronstadt et des paysans dUkraine, des ouvriers de Berlin, Kiel, Turin, Shangaï, et plus tard de Barcelone. La III° Internationale, apparemment créée par les Bolcheviks pour lutter contre les débris de la social-démocratie réformiste de la II° Internationale, et grouper lavant-garde prolétarienne dans les «partis communistes révolutionnaires», était trop liée à ses créateurs et à leurs intérêts pour pouvoir réaliser, où que ce soit, la véritable révolution socialiste. En fait la II° Internationale était la vérité de la III°. Très tôt, le modèle russe simposa aux organisations ouvrières dOccident, et leurs évolutions furent une seule et même chose. A la dictature totalitaire de la Bureaucratie, nouvelle classe dirigeante, sur le prolétariat russe, correspondait au sein de ces organisations la domination dune couche de bureaucrates politiques et syndicaux sur la grande masse des ouvriers, dont les intérêts sont devenus franchement contradictoires avec les siens. Le monstre stalinien hantait la conscience ouvrière, tandis que le Capitalisme, en voie de bureaucratisation et de surdéveloppement, résolvait ses crises internes et affirmait tout fièrement sa nouvelle victoire, quil prétend permanente. Une même forme sociale, apparemment divergente et variée, sempare du monde, et les principes du vieux monde continuent à gouverner notre monde moderne. Les morts hantent encore les cerveaux des vivants. Au sein de ce monde, des organisations prétendument révolutionnaires ne font que le combattre apparemment, sur son terrain propre, à travers les plus grandes mystifications. Toutes se réclament didéologies plus ou moins pétrifiées, et ne font en définitive que participer à la consolidation de lordre dominant. Les syndicats et les partis politiques forgés par la classe ouvrière pour sa propre émancipation sont devenus de simples régulateurs du système, propriété privée de dirigeants qui travaillent à leur émancipation particulière et trouvent un statut dans la classe dirigeante dune société quils ne pensent jamais mettre en question. Le programme réel de ces syndicats et partis ne fait que reprendre platement la phraséologie «révolutionnaire» et appliquer en fait les mots dordre du réformisme le plus édulcoré, puisque le capitalisme lui-même se fait officiellement réformiste. là où ils ont pu prendre le pouvoir dans des pays plus arriérés que la Russie ce nétait que pour reproduire le modèle stalinien du totalitarisme contre révolutionnaire. Ailleurs, ils sont le complément statique à lautorégulation du Capitalisme bureaucratisé ; la contradiction indispensable au maintien de son humanisme policier. Dautre part, ils restent, vis-àvis des masses ouvrières, les garants indéfectibles et les défenseurs inconditionnels de la contre-révolution bureaucratique, les instruments dociles de sa politique étrangère. Dans un monde fondamentalement mensonger, ils sont les porteurs du mensonge le plus radical, et travaillent à la pérenninté de la dictature universelle de lEconomie et de lEtat. Comme laffirment les situationnistes, «un modèle social universellement dominant, qui tend à lautorégulation totalitaire, nest quapparemment combattu par des fausses contestations posées en permanence sur son propre terrain, illusions qui, au contraire, renforcent ce modèle. Le pseudo-socialisme bureaucratique nest que le plus grandiose de ces déguisements du vieux monde hiérarchique du travail aliéné». Le syndicalisme étudiant nest dans tout cela que la caricature dune caricature, la répétition burlesque et inutile dun syndicalisme dégénéré. La dénonciation théorique et pratique du stalinisme sous toutes ses formes doit être la banalité de base de toutes les futures organisations révolutionnaires. Il est clair quen France, par exemple, où le retard économique recule encore la conscience de la crise, le mouvement révolutionnaire ne pourra renaître que sur les ruines du stalinisme anéanti. la destruction du stalinisme doit devenir le «delenda Carthago de la dernière révolution de la préhistoire. Celle-ci doit elle-même rompre définitivement, avec sa propre préhistoire, et tirer toute sa poésie de lavenir. Les «Bolcheviks ressuscités» qui jouent la farce du «militantisme» dans les différents groupuscules gauchistes, sont des relents du passé, et en aucune manière nannoncent lavenir. epaves du grand naufrage de la «révolution trahie», ils se présentent comme les fidèles tenants de lorthodoxie bolchevique : la défense de lU.R.S.S. est leur indépassable fidélité et leur scandaleuse démission. Ils ne peuvent plus entretenir dillusions que dans les fameux pays sous-développés où ils entérinenet euxmêmes le sous-développement théorique. De Partisans (organe des stalino-trotskismes réconciliés) à toutes les tendances et demi-tendances qui se disputent «Trotsky» à lintérieur et à lextérieur de la IV° Internationale, règne une même idéologie révolutionnaire, et une même incapacité pratique et théorique de comprendre les problèmes du monde moderne. Quarante années dhistoire contre-révolutionnaire les séparent de la Révolution. Ils ont tort parce quils ne sont plus en 1920 et, en 1920, ils avaient déjà tort. La dissolution du groupe «ultra-gauchiste» Socialisme ou Barbarie après sa division en deux fractions, «moderniste cardaniste» et «vieux marxiste» (de Pouvoir Ouvrier ), prouve, sil en était besoin, quil ne peut y avoir de révolution hors du moderne, ni de pensée moderne hors de la critique révolutionnaire à réinventer. Elle est significative en ce sens que toute séparation entre ces deux aspects retombe inévitablement soit dans le musée de la Préhistoire révolutionnaire achevée, soit dans la modernité du pouvoir, cest à dire dans la contre-révolution dominante : Voix ouvrière ou Arguments. Quant aux divers groupuscules «anarchistes», ensemble prisonniers de cette appellation, ils ne possèdent rien dautre que cette idéologie réduite à une simple étiquette. Lincroyable «monde libertaire», évidemment rédigé par des étudiants, atteint le degré le plus fantastique de la confusion et de la bêtise. Ces gens-là tolèrent effectivement tout, puisquils se tolèrent les uns les autres. La société dominante, qui se flatte de sa modernisation permanente, doit maintenant trouver à qui parler, cest à dire à la négation modernisée quelle produit elle-même : «laissons maintenant aux morts le soin denterrer leurs morts et de les pleurer.» Les démystifications pratiques du mouvement historique débarassent la conscience révolutionnaire des fantômes qui la hantaient ; la révolution de la vie quotidienne se trouve face à face avec les tâches immenses quelle doit accomplir. La révolution, comme la vie quelle annonce, est à réinventer. Si le projet révolutionnaire reste fondamentalement le même : labolition de la société de classes, cest que, nulle part, les conditions dans lesquelles il se forme nont été radicalement transformées. Il sagit de le reprendre avec un radicalisme et une cohérence accrus par lexpérience de la faillite de ses anciens porteurs, afin déviter que sa réalisation fragmentaire nentraîne une nouvelle division de la société. La lutte entre le pouvoir et le nouveau prolétariat ne pouvant se faire que sur la totalité, le futur mouvement révolutionnaire doit abolir, en son sein, tout ce qui tend à reproduire les produits aliénés du système marchand : il doit en être, en même temps, la critique vivante et la négation qui porte en elle tous les éléments du dépassement possible. Comme la bien vu Lukács (mais pour lappliquer à un objet qui nen était pas digne : le parti bolchevik), lorganisation révolutionnaire est cette médiation nécessaire entre la théorie et la pratique, entre lhomme et lhistoire, entre la masse des travailleurs et le prolétariat constitué en classe. Les tendances et divergences «théoriques» doivent immédiatement se transformer en question dorganisation si elles veulent montrer la voie de leur réalisation. La question de lorganisation sera le jugement dernier du nouveau mouvement révolutionnaire, le tribunal devant lequel sera jugée la cohérence de son projet essentiel : la réalisation internationale du pouvoir absolu des Conseils Ouvriers, tel quil a été esquissé par lexpérience des révolutions prolétariennes de ce siècle. Une telle organisation doit mettre en avant la critique radicale de tout ce qui fonde la société quelle combat, à savoir : la production marchande, lidéologie sous tous ses déguisements, letat et les scissions quil impose. La scission entre théorie et pratique a été le roc contre lequel a buté le vieux mouvement révolutionnaire. Seuls, les plus hauts moments des luttes prolétariennes ont dépassé cette scission pour retrouver leur vérité. Aucune organisation na encore sauté ce Rhodus. Lidéologie, si «révolutionnaire» quelle puisse être, est toujours au service des maîtres, le signal dalarme qui désigne lennemi déguisé. Cest pourquoi la critique de lidéologie doit être, en dernière analyse, le problème central de lorganisation révolutionnaire. Seul, le monde aliéné produit le mensonge, et celui-ci ne saurait réapparaître à lintérieur de ce qui prétend porter la vérité sociale, sans que cette organisation ne se transforme elle-même en un mensonge de plus dans un monde fondamentalement mensonger. Lorganisation révolutionnaire qui projette de réaliser le pouvoir absolu des Conseils Ouvriers doit être le milieu où sesquissent tous les aspects positifs de ce pouvoir. Aussi doit-elle mener une lutte à mort contre la théorie léniniste de lorganisation. La révolution de 1905 et lorganisation spontanée des travailleurs russes en Soviets était déjà une critique en actes de cette théorie néfaste. Mais le mouvement bolchevik persistait à croire que la spontanéité ouvrière ne pouvait dépasser la conscience «trade-unioniste». Ce qui revenait à décapiter le prolétariat pour permettre au parti de prendre la «tête» de la Révolution. On ne peut contester, aussi impitoyablement que la fait lénine, la capacité historique du prolétariat de sémanciper par lui-même, sans contester sa capacité de gérer totalement la société future. Dans une telle perspective, le slogan «tout le pouvoir aux Soviets» ne signifiait rien dautre que la conquête des Soviets par le Parti, linstauration de lEtat du parti à la place de «letat» dépérissant du prolétariat en armes. Cest pourtant ce slogan quil faut reprendre radicalement et en le débarrassant des arrière-pensées bolcheviques. Le prolétariat ne peut sadonner au jeu de la révolution que pour gagner tout un monde, autrement il nest rien. la forme unique de son pouvoir, lautogestion généralisée, ne peut être partagée avec aucune autre force. Parce quil est la dissolution effective de tous les pouvoirs, il ne saurait tolérer aucune limitation (géographique ou autre) ; les compromis quil accepte se transforment immédiatement en compromissions, en démission. «Lautogestion doit être à la fois le moyen et la fin de la lutte actuelle. Elle est non seulement lenjeu de la lutte, mais sa forme adéquate. Elle est pour elle-même la matière quelle travaille et sa propre présupposition». La critique unitaire du monde est la garantie de la cohérence et de la vérité de lorganisation révolutionnaire. Tolérer lexistence des systèmes doppression (parce quils portent la défroque «révolutionnaire», par exemple), dans un point du monde, cest reconnaître la légitimité de loppression. De même, si elle tolèrev laliénation dans un domaine de la vie sociale, elle reconnaît la fatalité de toutes les réifications. Il ne suffit pas dêtre pour le pouvoir abstrait des Conseils Ouvriers, mais il faut en montrer la signification concrète : la suppression de la production marchande et donc du prolétariat. la logique de la marchandise est la rationalité première et ultime des sociétés actuelles, elle est la base de lautorégulation totalitaire de ces sociétés comparables à des puzzles dont les pièces, si dissemblables en apparence, sont en fait équivalentes. La réification marchande est lobstacle essentiel à une émancipation totale, à la construction libre de la vie. Dans le monde de la production marchande, la praxis ne se poursuit pas en fonction dune fin déterminée de façon autonome, mais sous les directives de puissances extérieures. et si les lois économiques semblent devenir des lois naturelles dune espèce particulière, cest que leur puissance repose uniquement sur «labsence de conscience de ceux qui y ont part». Le principe de la production marchande, cest la perte de soi dans la création chaotique et inconsciente dun monde qui échappe totalement à ses créateurs. le noyau radicalement révolutionnaire de lautogestion généralisée, cest, au contraire, la direction consciente par tous de lensemble de la vie. lautogestion de laliénation marchande ne ferait de tous les hommes que les programmateurs de leur propre survie : cest la quadrature du cercle. La tâche des Conseils Ouvriers ne sera donc pas lautogestion du monde existant, mais sa transformation qualitative ininterrompue : le dépassement concret de la marchandise (en tant que gigantesque détour de la production de lhomme par lui-même). Ce dépassement implique naturellement la suppression du travail et son remplacement par un nouveau type dactivité libre, donc labolition dune des scissions fondamentales de la société moderne, entre un travail de plus en plus réifié et des loisirs consommés passivement. Des groupuscules aujourdhui en liquéfaction comme S. ou B. ou P.O., pourtant ralliés sur le mot dordre moderne du Pouvoir Ouvrier, continuent à suivre, sur ce point central, le vieux mouvement ouvrier sur la voie du réformisme du travail et de son «humanisation». Cest au travail lui-même quil faut sen prendre. Loin dêtre une «utopie», sa suppression est la condition première du dépassement effectif de la société marchande, de labolition dans la vie quotidienne de chacun de la séparation entre le «temps libre» et le «temps de travail», secteurs complémentaires dune vie aliénée, où se projette indéfiniment la contradiction interne de la marchandise entre valeur dusage et valeur déchange. Et cest seulement au-delà de cette opposition que les hommes pourront faire de leur activité vitale un objet de leur volonté et de leur conscience, et se contempler eux-mêmes dans un monde quils ont eux-mêmes créé. La démocratie des Conseils Ouvriers est lénigme résolue de toutes les scissions actuelles. elle rend «impossible tout ce qui existe en dehors des individus». La domination consciente de lhistoire par les hommes qui la font, voilà tout le projet révolutionnaire. Lhistoire moderne, comme toute lhistoire passée, est le produit de la praxis sociale, le résultat inconscient de toutes les activités humaines. A lépoque de sa domination totalitaire, le capitalisme a produit sa nouvelle religion : le spectacle. Le spectacle est la réalisation terrestre de lidéologie. Jamais le monde na si bien marché sur la tête. «Et comme la critique de la religion, la critique du spectacle est aujourdhui la condition première de toute critique». Cest que le problème de la révolution est historiquement posé à lhumanité. Laccumulation de plus en plus grandiose des moyens matériels et techniques na dégale que linsatisfaction de plus en plus profonde de tous. La bourgeoisie et son héritière à lest, la bureaucratie, ne peuvent avoir le mode demploi de ce surdéveloppement qui sera la base de la poésie de lavenir, justement parce quelles travaillent, toutes les deux, au maintien dun ordre ancien. elles ont tout au plus le secret de son usage policier. Elles ne font quaccumuler le Capital et donc le prolétariat ; est prolétaire celui qui na aucun pouvoir sur lemploi de sa vie, et qui le sait. La chance historique du nouveau prolétariat est dêtre le seul héritier conséquent de la richesse sans valeur du monde bourgeois, à transformer et à dépasser dans le sens de lhomme total poursuivant lappropriation totale de la nature et de sa propre nature. Cette réalisation de la nature de lhomme ne peut avoir de sens que par la satisfaction sans bornes et la multiplication infinie des désirs réels que le spectacle refoule dans les zones lointaines de linconscient révolutionnaire, et quil nest capable de réaliser que fantastiquement dans le délire onirique de sa publicité. Cest que la réalisation effective des désirs réels, cest-à-dire labolition de tous les pseudo-besoins et désirs que le système crée quotidiennement pour perpétuer son pouvoir, ne peut se faire sans la suppression du spectacle marchand et son dépassement positif. Lhistoire moderne ne peut être libérée, et ses acquisitions innombrables librement utilisées, que par les forces quelle refoule : les travailleurs sans pouvoir sur les conditions, le sens et le produit de leurs activités. Comme le prolétariat était déjà, au XIX° siècle, lhéritier de la philosophie, il est en plus devenu lhéritier de lart moderne et de la première critique consciente de la vie quotidienne. Il ne peut se supprimer sans réaliser, en même temps, lart et la philosophie. transformer le monde et changer la vie sont pour lui une seule et même chose, les mots dordre inséparables qui accompagneront sa suppression en tant que classe, la dissolution de la société présente en tant que règne de la nécessité, et laccession enfin possible au règne de la liberté. La critique radicale et la reconstruction libre de toutes les conduites et valeurs imposées par la réalité aliénée sont son programme maximum, et la créativité libérée dans la construction de tous les moments et événements de la vie est la seule poésie quil pourra reconnaître, la poésie faite par tous, le commencement de la fête révolutionnaire. Les révolutions prolétariennes seront des fêtes ou ne seront pas, car la vie quelles annoncent sera elle-même créée sous le signe de la fête. Le jeu est la rationalité ultime de cette fête, vivre sans temps mort et jouir sans entraves sont les seules règles quil pourra reconnaître. Download as PDF ÜBER DAS ELEND IM STUDENTENMILIEU Δ betrachtet unter seinen ökonomischen, politischen, sexuellen und besonders intellektuellen Aspekten und über einige Mittel, diesem abzuhelfen von Mitgliedern der Situationistischen Internationale und Straßburger Studenten, Straßburg, 1966 ![]() French police in the Sixties Die Schmach noch schmachvoller machen, indem man sie publiziert Ohne große Gefahr, uns zu irren, können wir behaupten, daß der Student in Frankreich nach dem Polizisten und dem Priester das am weitesten verachtete Wesen ist. Wenn auch die Gründe fur seine Verachtung oft falsche sind, die aus der herrschenden Ideologie stammen, sind die Gründe dafür, daß er vom Standpunkt der revolutionären Kritik aus wirklich verachtungswürdig ist und verachtet wird, verdrängt und uneingestanden. Die Befürworter der falschen Kritik können diese dennoch erkennen, und sich in ihnen. Sie kehren diese wirkliche Verachtung in eine nachsichtige Bewunderung um. So betet die ohnmächtige linke Intelligenz (von den Temps Modernes bis zum Express) das angebliche Kommen der Studenten an und die wirklich untergehenden bürokratischen Organisationen (von der sog. kommunistischen Partei zur UNEF) streiten sich eifersüchtig um ihre moralische und materielle Unterstützung. Wir werden die Gründe für dieses Interesse an den Studenten zeigen, und wie sie positiv an der herrschenden Wirklichkeit des überentwickelten Kapitalismus teilhaben, und wir werden diese Broschüre dazu benutzen, sie eine nach dem anderen zu entlarven: die Auflösung der Entfremdung geht keinen anderen Weg als den der Entfremdung. Alle Analysen und Studien über das Studentenmilieu haben bisher das Wesentliche vernachlässigt. Sie gehen nie über den Standpunkt der universitären Spezialisierung hinaus (Psychologie, Soziologie, Ökonomie) und bleiben so grundsätzlich falsch. Alle begehen das, was Fourier schon eine methodische Gedankenlosigkeit nannte, da sie sich regelmäßig auf die Kernfragen bezieht, indem sie den totalen Standpunkt der modernen Gesellschaft ignoriert. Der Faktenfetischismus verhüllt die wesentliche Kategorie und die Details lassen die Totalität vergessen. Über diese Gesellschaft wird alles gesagt, nur nicht das was sie wirklich ist: eine Gesellschaft der Ware und des Spektakels. In ihrer Untersuchung Die Erben Die Studenten und die Kultur stehen die Soziologen Bourderon und Passedieu entwaffnet vor den wenigen partiellen Wahrheiten, die sie letzten Endes bewiesen haben. Und trotz ihres ganzen guten Willens fallen sie in die Moral der Professoren zurück, die unvermeidliche kantische Ethik einer wirklichen Demokratisierung durch eine wirkliche Rationalisierung des Lehrsystems, d.h.: der Lehre des Systems. Während ihre Schüler wie Kravetz (1) und Konsorten zu Tausenden zu erwachen glauben, indem sie ihre kleinbürokratische Verbitterung durch den Trödel einer hinfälligen revolutionären Phraseologie ausgleichen. Die Inszenierung der Verdinglichung zum Spektakel (2) innerhalb des modernen Kapitalismus zwingt jedem eine Rolle in der generalisierten Passivität auf. Der Student entgeht diesem Gesetz nicht. Es ist eine provisorische Rolle, die ihn auf die endgültige vorbereitet, die er als positives und bewahrendes Element im Warensystem erfüllen wird. Nichts anderes als ein Einführungsritus. Diese Einführung hat auf magische Weise zu allen Kennzeichen der mythischen Einführung zurückgefunden. Sie bleibt völlig von der historischen, individuellen und gesellschaftlichen Wirklichkeit abgeschnitten. Der Student ist ein Wesen, das zwischen einem gegenwärtigen und einem zukünftigen Status steht, die säuberlich voneinander getrennt sind, und deren Grenze mechanisch überschritten wird. Sein schizophrenes Bewußtsein erlaubt es ihm, sich innerhalb einer Einführungsgesellschaft zu isolieren, seine Zukunft zu verkennen und sich am Erlebnis der mystischen Einheit zu berauschen, die ihm von einer vor der Geschichte geschützten Gegenwart angeboten wird. Der Hebel für die Umkehrung der offiziellen Wahrheit, d.h. der ökonomischen, kann so einfach entlarvt werden: es ist hart, der studentischen Realität ins Gesicht zu sehen. Innerhalb einer Überflußgesellschaft hat der Student den gegenwärtigen Status einer äußersten Armut. Obwohl mehr als 80% von ihnen aus Bevölkerungsschichten stammen, deren Einkommen das eines Arbeiters übersteigt, verfügen 90% von ihnen über weniger Mittel als der einfachste Lohnempfänger. Das studentische Elend bleibt hinter dem der Gesellschaft des Spektakels zurück, hinter dem neuen Elend des neuen Proletariats. In einer Zeit, wo ein wachsender Teil der Jugend sich immer mehr von den moralischen Vorurteilen und der familiären Autorität befreit, um so früh wie möglich in die Beziehungen einer offenen Ausbeutung einzutreten, bleibt der Student auf jeder Ebene auf einer verantwortungslosen, folgsamen und verlängerten Unmündigkeit. Während seine verspätete jugendliche Krise ihn etwas in Opposition zu seiner Familie bringt, so akzeptiert er ohne weiteres, in den verschiedenen Institutionen, die sein alltägliches Leben regeln, wie ein Kind behandelt zu werden. (3) Die Kolonisierung der verschiedenen Sektoren der gesellschaftlichen Praxis findet nur in der Studentenwelt ihren grellsten Ausdruck. Die tJbertragung des gesamten schlechten Gewissens der Gesellschaft auf die Studenten verschleiert das Elend und die Knechtschaft aller. Aber die Gründe fuir unsere Verachtung des Studenten sind ganz anderer Art. Sie betreffen nicht nur sein wirkliches Elend, sondern seine Gefälligkeit gegenüber jedem Elend, seine ungesunde Neigung, glückselig Entfremdung in der Hoffnung zu konsumieren, angesichts allgemeiner Interessenlosigkeit das Interesse auf seinen eigenen Mangel zu lenken. Der moderne Kapitalismus bewirkt zwangsläufig, daß der größte Teil der Studenten ganz einfach zu kleinen Kadern wird (d.h. das Äquivalent für den Facharbeiter im 19. Jahrhundert) (4). Gegenüber dem elenden, leicht vorauszuahnenden Charakter dieser mehr oder weniger nahen Zukunft, die ihn für das schmachvolle Elend der Gegenwart entschädigen soll, zieht der Student es vor, sich seiner Gegenwart zuzuwenden, und sie mit illusorischem Prestige auszuschmücken. Die Kompensierung selbst ist allzu kläglich; der Morgen wird kein roter Morgen sein und zwangsläufig in der Mittelmäßigkeit schwimmen. Deshalb flieht er in eine unwirklich gelebte Gegenwart. Wie ein stoischer Sklave glaubt der Student sich umso freier, je mehr alle Ketten der Autorität ihn fesseln. Genau wie seine neue Familie, die Universität, hält er sich für das gesellschaftliche Wesen mit der größten Autonomie, während er doch gleichzeitig und unmittelbar von den zwei mächtigsten Systemen der sozialen Autorität abhängt: der Familie und dem Staat. Er ist ihr ordentliches und dankbares Kind. Nach derselben Logik eines untergeordneten Kindes hat er an allen Werten und Mystifikationen des Systems teil und konzentriert sie in sich. Was einst den Lohnabhängigen aufgezwungene Illusionen waren, wird heute zu einer von der Masse der zukünftigen kleinen Kader verinnerlichten und getragenen Ideologie. Während das alte soziale Elend die grandiosesten Kompensierungssysteme der Geschichte (die Religion) erzeugt hat, so hat das studentische marginale Elend seinen Trost nur in den abgenutztesten Bildern der herrschenden Gesellschaft gefunden, in der grotesken Wiederholung all ihrer entfremdeten Produkte. Der französische Student kommt in seiner Eigenschaft als ideologisches Wesen zu allem zu spät. Alle Werte und Illusionen, auf die seine abgeschlossene Welt stolz ist, sind schon als unhaltbare und seit langem durch die Geschichte lächerlich gemachte Illusionen verurteilt. Da für ihn noch einige Krümel vom Prestige der Universität abfallen, freut sich der Student immer noch, Student zu sein. Zu spät. Der mechanisierte und spezialisierte Unterricht, den er empfängt, ist ebenso heruntergekommen (im Verhältnis zum früheren Niveau bürgerlicher Allgemeinbildung) (5) wie sein eigenes intellektuelles Niveau im Augenblick seines Studienantritts, aus der einzigen Tatsache heraus, daß das alles beherrschende ökonomische System die Massenhestellung ungebildeter und zum Denken unfähiger Studenten verlangt. Der Student ignoriert, daß die Universität zu einer institutionalisierten Organisation des Unwissens geworden ist, daß die hohe Kultur selbst sich im selben Tempo wie die Serienproduktion von Professoren auflöst, daß alle Professoren Kretins sind, von denen die meisten sich vor jedweder Gymnasialklasse blamieren würden. Er hört seine Lehrer auch weiterhin mit Respekt, mit dem bewußten Willen, jeden kritischen Geist aufzugeben, um sich besser mit den anderen in der mystischen Illusion einig zu fühlen, Student geworden zu sein, jemand, der sich ernsthaft damit beschäftigt, sich ein ernsthaftes Wesen in der Hoffnung anzueignen, man werde ihm auch die letzten Wahrheiten anvertrauen. Das sind die Wechseljahre des Geistes. Alles, was sich heute in den Amphitheatern der Schulen und Fakultäten abspielt, wird in der zukünftigen revolutionären Gesellschaft als gesellschaftlich schädlicher Lärm verurteilt. Schon jetzt bringt der Student alle zum Lachen. Dem Studenten wird nicht einmal bewußt, daß die Geschichte auch seine lächerliche abgeschlossene Welt verändert. Die berühmte Universitätskrise, Detail einer allgemeineren Krise des modernen Kapitalismus, bleibt Gegenstand eines tauben Dialogs zwischen verschiedenen Spezialisten. In ihr kommen ganz einfach die Schwierigkeiten einer verspäteten Anpassung dieses besonderen Produktionssektors an die Umwandlung des gesamten Produktionsapparates zum Ausdruck. Die Überreste der alten Ideologie einer liberal-bürgerlichen Universität werden in dem Augenblick nichtssagend, wo ihre gesellschaftliche Basis verschwindet. Die Universität konnte sich in der Epoche des Freihandelskapitalismus und seines liberalen Staates als autonome Macht verstehen, da er ihr eine gewisse marginale Freiheit gewährte. Sie hing in Wirklichkeit eng von den Bedürfnissen dieser Art von Gesellschaft ab: der privilegierten studierenden Minderheit eine angemessene Allgemeinbildung zu vermitteln, bevor sie sich wieder in die herrschende Klasse einreiht, die sie kaum verlassen hatte. Daher das Lächerliche an diesen nostalgischen Professoren (6), die darüber verbittert sind, ihre alten Funktionen als Hofhunde der zukünftigen Herren für die viel weniger edle von Schäferhunden eingetauscht zu haben, die die Weiße-Kragen-Herren in ihre jeweiligen Fabriken und Büros treiben. Gerade sie setzen ihre Altertümlichkeit der Technokratisierung der Universität entgegen und fahren unbeirrt fort, mit den übriggebliebenen Brocken einer sog. Allgemeinbildung künftige Spezialisten zu füttern, die damit nichts anzufangen wissen. Ernster und damit gefährlicher sind die Modernisten der Linken und der UNEF, die von den Ultras der FGEL geführt eine Reform der Universitätsstruktur, eine Reintegrierung der Universität in das Gesellschafts- und Wirtschaftsleben fordern, d.h. ihre Anpassung an die Bedürfnisse des modernen Kapitalismus. Die verschiedenen Fakultäten und Schulen, die noch mit anachronistischem Prestige dekoriert sind, werden von Verteilungsstätten der Allgemeinbildung zum Gebrauch für die herrschenden Klassen zu Fabriken der hastigen Aufzucht von kleinen und mittleren Kadern umgewandelt. Weit davon entfernt, diesen geschichtlichen Prozess zu kritisieren, der einen der letzten relativ autonomen Sektoren des gesellschaftlichen Lebens den Forderungen des Warensystems unterwirft, protestieren unsere Fortschrittsjünger gegen Verspätungen und Stockungen auf dem Weg zu seiner Verwirklichung. Sie sind die Befürworter der zukünftigen kybernetisierten Universität, die sich schon hier und dort ankündigt (7). Das Warensystem und seine modernen Diener, das ist sein Feind. Diese ganze Debatte geht aber, wie nicht anders zu erwarten, über die Köpfe der Studenten hinweg, in den Himmel ihrer Lehrer, und entgeht ihnen völlig: die Gesamtheit ihres Lebens, und erst recht des Lebens überhaupt entgeht ihnen. Seine äußerst ärmliche ökonomische Lage verurteilt den Studenten zu einer sehr wenig beneidenswerten Form des Überlebens. Aber immer mit sich zufrieden erhebt er sein triviales Elend zu einem originellen Lebensstil: kultivierte Armut und Boheme. Die Boheme, die bereits weit davon entfernt ist, eine originelle Lösung zu sein, wird nur nach einem endgültigen und unabänderlichen Bruch mit dem Universititsmilieu echt gelebt werden. Ihre Anhänger unter den Studenten (und alle kokettieren damit, es ein wenig zu sein) klammern sich also lediglich an eine künstliche und heruntergekommene Version dessen, was bestenfalls nur eine mittelmäßige individuelle Lösung ist. Damit verdienen sie sogar die Verachtung von alten Damen auf dem Lande. Dreißig Jahre nach Wilhelm Reich (8), diesem hervorragenden Erzieher der Jugend, haben diese Originale immer noch die traditionellsten Erotik- und Liebseverhaltensweisen und reproduzieren in ihren sexuellen Beziehungen die allgemeinen Beziehungen der Klassengesellschaft. Die Fähigkeit des Studenten, einen Militanten jeden Kalibers abzugeben, sagt viel über seine Impotenz. Innerhalb des Spielraums individueller Freiheit, der durch das totalitäre Spektakel erlaubt wird, und trotz seines mehr oder weniger flexiblen Stundenplanes ignoriert der Student immer noch das Abenteuer und zieht die ihm knapp bemessene alltägliche Raumzeit vor, die für ihn von den Wächtern desselben Spektakels eingerichtet worden ist. Ohne dazu gezwungen zu sein, trennt er von sich aus Arbeit und Freizeit, wobei er eine scheinheilige Verachtung für die Büffler und diejenigen an den Tag legt, die den Scheinen nachjagen. Er billigt alle Trennungen und beklagt sich dann in verschiedenen religiösen, sportlichen, politischen oder gewerkschaftlichen Zirkeln über die Nichtkommunikation. Er ist so dumm und so unglücklich, daß er sich sogar spontan und massenweise der parapolizeilichen Kontrolle von Psychiatern und Psychologen anvertraut, die ihm die Avantgarde der modernen Unterdrückung zur Verfügung stellt, und die folglich von seinen Vertretern begrüßt wird, die diese Universitätsbüros für psychologische Hilfe (BAPU) für eine unerläßliche und verdiente Errungenschaft halten. (9) Aber das wirkliche Elend des studentischen Alltags findet seinen unmittelbaren und fantastischen Ausgleich in seinem hauptsächlichen Opium: der kulturellen Ware. Im kulturellen Spektakel findet der Student ganz natürlich seinen Platz als respektvoller Schüler wieder. Nahe am Ort der Produktion, aber ohne ihn jemals zu betreten das Heiligtum bleibt ihm untersagt entdeckt der Student die modeme Kultur als bewundemder Zuschauer. In einer Epoche, wo die Kunst tot ist, bleibt er nahezu allein den Theatern und Filmklubs treu und der gierigste Konsument ihres Leichnams, der tiefgekühlt und zellophanumhüllt in den Supermärkten an die Hausfrauen des Überflusses verteilt wird. Er nimmt ohne Vorbehalt, ohne Hintergedanken und ohne Distanz daran teil. Da ist er in seinem natürlichen Element. Wären die Häuser der Kultur nicht vorhanden, der Student hätte sie erfunden. Er bestätigt vollkommen die banalsten Marktanalysen amerikanischer Soziologen: ostentativer Konsum, Differenzierung in der Werbung zwischen Produkten gleicher Nichtigkeit (Perec oder Robbe-Grillet, Godard oder Lelouch). Sobald die Götter, die sein kulturelles Spektakel produzieren und organisieren, auf der Bühne leibhaftig werden, ist er ihnen ein treues Publikum, wie sie es sich erträumt haben. So nimmt er massenhaft an ihren obszönsten Darstellungen teil; wer, wenn nicht er, würde die Säle füllen, wenn z.B.: die Pfaffen der verschiedenen Kirchen ihre uferlosen Dialoge öffentlich vortragen (Wochen des sog. marxistischen Denkens, Tagungen katholischer Intellektueller) oder wenn die Überreste der Literatur ihre Unfähigkeit feststellen (fünftausend Studenten bei der Veranstaltung Was kann die Literatur?). Echter Leidenschaft unfähig fmdet er seine höchste Lust in leidenschaftslosen Polemiken zwischen den Stars der Nicht-lntelligenz über falsche Probleme, deren Funktion es ist, die wirklichen zu verschleiern: Althusser Garaudy Sartre Barthes Picard Lefebvre Levi Strauss Halliday Chatelet Antoine. Humanismus Existenzialismus Strukturalismus Szientismus Neuer Kritizismus -Kybernetismus Planetismus Metaphilosophismus. In seiner Beflissenheit wähnt er sich zur Avantgarde gehörig, weil er den letzten Film Godards gesehen, das letzte argumentistische (10) Buch gekauft, beim letzten Happening Lapassads, dieses Arschlochs, mitgemacht hat. Dieser Ignorant hält den blassesten Ersatz alter Experimente, die in ihrer Epoche wirklich wichtig waren und für den Markt versüßt worden sind, für revolutionäre, durch Markenzeichen garantierte Neuheiten. Die Hauptsache ist immer, seinen kulturellen Standard zu wahren. Der Student ist wie jedermann stolz darauf, die Taschenbuchausgaben einer Reihe wichtiger und schwieriger Texte zu kaufen, die die Massenkultur in beschleunigtem Rhythmus auf den Markt wirft. (11) Nur kann er nicht lesen. Er begnügt sich damit, sie mit den Augen zu konsumieren. Seine bevorzugte Lektüre bleiben die Fachzeitschriften, die den wahnsinnigen Konsum an Kulturgadgets orchestrieren; willig akzeptiert er ihre Werbebefehle und macht daraus das Standardmuster seines Geschmacks. Er fmdet seine größte Freude immer noch beim Lesen von Express und Le Nouvel Observateur oder glaubt, Le Monde, deren Stil ihn bereits überfordert, sei eine wahrhaft objektive Zeitung, die die Aktualität widerspiegelt. Um seine Allgemeinbildung zu vertiefen, verschlingt er Planete, die magische Zeitschrift, die alle Falten und Pickel der alten Gedanken abschafft. Mithilfe solcher Führer glaubt er, an der modernen Welt teilzuhaben und sich mit der Politik vertraut zu machen. Denn der Student freut sich mehr als alle anderen, politisiert zu sein. Er ignoriert bloß, daß er hieran durch dasselbe Spektakel teilhat. So eignet er sich all die lächerlichen zerfetzten Überbleibsel einer Linken wieder an, die schon vor mehr als vierzig Jahren durch den sozialistischen Reformismus und die stalinistische Konterrevolution vernichtet wurde. Während die Macht das klar und die Arbeiter es auf konfuse Weise sehen, ignoriert der Student es immer noch. Mit schwachsinnigem Stolz nimmt er an den lächerlichsten Manifestationen teil, die nur ihn reizen. Bei ihm findet man das falsche politische Bewußtsein im Reinzustand und er bildet die ideale Basis fur die Manipulationen der gespensterhaften Bürokraten der sterbenden Organisationen (von der sog. KP bis zur UNEF). Diese programmieren totalitär seine politische Linie; jede Abweichung oder Anwandlung von Unabhängigkeit fügt sich nach einer Parodie des Widerstands wieder in eine Ordnung ein, die niemals einen Augenblick lang in Frage gestellt wurde. (12) Wenn er glaubt, sich darüber hinwegzusetzen, wie diese Leute, die sich durch eine wirkliche Krankheit der werbungsartigen Umkehrung, JCR (Jeunesse Communiste Revolutionnaire, Revolutionäre Kommunistische Jugend) nennen, während sie weder jung, kommunistisch noch revolutionär sind, dann nur, um sich freudig an die päpstliche Parole anzuschließen: Friede in Vietnam. Der Student ist stolz darauf, sich den Archaismen eines De Gaulle zu widersetzen, versteht aber nicht, daß er es im Namen vergangener Irrtümer tut, erkalteter Verbrechen (wie z.B. der Stalinismus in der Zeit von Togliatti Garaudy Chruschtschow Mao), und daß damit seine Jugend noch viel archaischer ist als die Macht, die effektiv über alles verfügt, was nötig ist, um eine moderne Gesellschaft zu verwalten. Aber beim Studenten kommt es auf einen Archaismus mehr oder weniger nicht an. So glaubt er, daß er allgemeine Ideen über alles haben muß, geschlossene Weltanschauungen, die seinem Bedarf an Unruhe und asexueller Promiskuität einen Sinn geben. Hintergangen durch die letzten Fieberanfälle der Kirche stürzt er sich deshalb auf das Gerümpel der Gerümpel, um den verwesten Kadaver Gottes anzubeten und sich an die zerfallenen Überbleibsel der vorgeschichtlichen Religion zu klammem, die er seiner und seiner Zeit würdig glaubt. Man wagt kaum zu betonen, daß das studentische Milieu zusammen mit dem der alten Landweiber, der Sektor mit dem größten Prozentsatz an praktizierter Religion und immer noch das beste Missionsgebiet ist (während in allen anderen die Pfaffen entweder aufgefressen oder verjagt worden sind), wo Studentenpriester unverhohlen tausende von Studenten in ihrem geistlichen Scheißhaus weiter sodomisieren. Sicherlich gibt es trotz allem unter den Studenten einige von genügendem intellektuellem Niveau. Diese meistern ohne Mühe die elenden Leistungskontrollen, die auf die Mittelmäßigen zugeschnitten sind und sie meistem sie gerade deswegen, weil sie das System durchschaut haben, es verachten und wissen, daß sie seine Feinde sind. Sie nehmen sich das Beste, was das Studiensystem zu bieten hat: die Stipendien. Indem sie die Lücken der Kontrolle ausnutzen, deren eigene Logik sie hier und heute dazu zwingt, einen kleinen rein intellektuellen Bereich der Forschung aufrechtzuerhalten, treiben sie ruhig die Unruhe bis auf die Spitze: ihre offene Verachtung für das System paart sich mit der Hellsichtigkeit, die es ihnen gerade emmöglicht, stärker als die Diener des Systems zu sein und zwar zuerst auf intellektuellem Gebiet. Diejenigen, von denen wir sprechen, gehören bereits zu den Theoretikern der kommenden revolutionären Bewegung und sind sich dessen bewußt, daß sie mit ihr zugleich an die Öffentlichkeit treten werden. Sie verheimlichen niemandem, daß sie das, was sie so leicht dem Studiensystem entnehmen, zu dessen Zerstörung benutzen. Denn der Student kann gegen nichts rebellieren, ohne gegen seine Studien zu rebellieren und er spürt die Notwendigkeit dieser Rebellion weniger natürlich als der Arbeiter, der spontan gegen seine Lage rebelliert. Aber der Student ist ein Produkt der modernen Gesellschaft, genau wie Godard und Coca-Cola. Seine extreme Entfremdung kann nur durch die Kritik der ganzen Gesellschaft kritisiert werden. Keinesfalls kann diese Kritik auf dem studentischen Gebiet vollzogen werden: der Student als solcher maßt sich einen Pseudowert an, der ihm verbietet, sich seiner wirklichen Enteignung bewußt zu werden und er bleibt damit auf dem Gipfel des falschen Bewußtseins. Aber überall dort, wo die moderne Gesellschaft kritisiert zu werden beginnt, bricht eine Revolte der Jugend los, die unmittelbar einer totalen Kritik des studentischen Verhaltens entspricht. Es genügt nicht, daß der Gedanke zur Verwirklichung drängt, die Wirklichkeit muß sich selbst zum Gedanken drängen. Nach einer langen Periode lethargischen Schlafs und permanenter Konterrevolution zeichnet sich seit einigen Jahren eine neue Periode der Kritik ab, deren Träger die Jugend zu sein scheint. Doch die Gesellschaft des Spektakels zwingt durch die Vorstellung, die sie von sich selbst und von ihren Feinden hat, ihre ideologischen Kategorien zum Verständnis der Welt und der Geschichte auf. Sie führt alles, was dort geschieht, auf den natürlichen Lauf der Dinge zurück, und schließt alles wirklich neue, das ihre Aufhebung ankündigt, in dem beschränkten Rahmen ihrer illusorischen Neuheiten ein. Die Revolte der Jugend gegen die Lebensweise, die ihr aufgezwungen wird, ist in Wirklichkeit nur das Vorzeichen einer umfassenderen Subversion, bei der alle mitwirken werden, die immer mehr die Unmöglichkeit zum Leben fühlen, das Vorspiel der nächsten revolutionären Epoche. Allein die herrschende Ideologie und ihre täglichen Organe können nur nach erprobten Mechanismen der Umkehrung der Wirklichkeit diese wirkliche historische Bewegung auf eine sozio-natürliche Pseudo-Kategorie reduzieren: die Idee der Jugend (in deren Wesen die Rebellion liegen sollte). So führt man eine neue Jugend der Revolte auf die ewige Revolte der Jugend zurück, die in jeder Generation aufs neue hervorbricht, um sich dann zu verflüchtigen, wenn der junge Mensch durch den Ernst der Produktion und die auf wirkliche und konkrete Ziele gerichtete Tätigkeit erfaßt wird. Die Revolte der Jugend war und ist immer noch Gegenstand einer regelrechten journalistischen Inflation, die sie zum Spektakel einer möglichen zur Betrachtung dargebotenen Revolte macht, um zu verhindern, daß sie gelebt wird, die abweichende und schon integrierte Sphäre, die zum Funktionieren des gesellschaftlichen Systems notwendig ist. Diese Revolte gegen die Gesellschaft beruhigt die Gesellschaft, da sie nach ihrer Meinung partiell bleibt, innerhalb der Apartheid der Probleme der Jugend so wie es Probleme der Frau oder der Schwarzen geben soll und nur einen Teil des Lebens dauern wird. In Wirklichkeit gibt es ein Problem der Jugend in der modernen Gesellschaft, weil die tiefe Krise dieser Gesellschaft am schärfsten von der Jugend gespürt wird. (13) Die Jugend ist als typisches Produkt der modernen Gesellschaft selbst modern, wenn sie sich bedenkenlos integriert oder sie radikal ablehnt. Das wirklich Estaunliche ist nicht so sehr die Revolte der Jugend, als die Resignation der Erwachsenen. Dafür gibt es keine mythologische, sondern eine historische Erklärung: die vorige Generation hat alle Niederlagen kennengelernt und alle Lügen kompensiert, die die Periode des schmachvollen Zerfalls der revolutionären Bewegung begleitet haben. Für sich genommen ist die Jugend ein Werbemythos, der bereits mit der kapitalistischen Produktionsweise als Ausdruck ihrer Dynamik tief verbunden ist. Dieser illusorische Vorrang der Jugend wurde mit dem Wiederaufschwung der Wirtschaft nach dem Zweiten Weltkrieg möglich, als eine ganze Schicht von beeinflußbareren Konsumenten den Markt überschwemmte, eine Rolle, die ein Integrierungspatent für die Gesellschaft des Spektakels garantiert. Aber die herschende Erklärung der Welt findet sich von neuem im Widespruch mit der sozio-ökonomischen Wirklichkeit (denn sie hat ihr gegenüber Verspätung) und gerade die Jugend behauptet als erste eine unwiderstehliche Lebensgier, und lehnt sich spontan gegen die alltägliche Langeweile und die tote Zeit auf, die die alte Welt weiterhin durch ihre verschiedenen Modernisierungen absondert. Der rebellierende Teil der Jugend drückt die reine Verweigerung ohne das Bewußtsein einer Pespektive der Aufhebung aus, ihre nihilistische Verweigerung. Diese Pespektive wird überall auf der Welt gesucht und gebildet. Sie muß zur Kohärenz der theoretischen Kritik und zur praktischen Organisation dieser Kohärenz gelangen. Auf der elementarsten Ebene drücken in allen Ländern die Rocker mit der größten offensichtlichen Gewalt die Verweigerung ihrer Integration aus. Aber der abstrakte Charakter ihrer Verweigerung läßt ihnen keine Chance, den Widersprüchen eines Systems zu entkommen, dessen spontanes negatives Produkt sie sind. Die Rocker werden durch alle gegenwärtigen Aspekte der gegenwärtigen Ordnung erzeugt: den Urbanismus der Trabantensiedlungen, die Auflösung der Werte, die Ausdehnung der immer länger werdenden Konsumfreizeit, die das gesamte tägliche Leben immer weiter umfassende humanistisch-polizeiliche Kontrolle, das ökonomische Fortleben der jeder Bedeutung beraubten Familienzelle. Sie verachten zwar die Arbeit, aber sie akzeptieren die Waren. Sie möchten sofort alles haben, was die Werbung ihnen zeigt, und ohne es bezahlen zu können. Dieser Grundwiderspruch beherrscht ihre ganze Existenz und bildet den Rahmen, in dem ihr Behauptungsversuch zur Suche nach einem wirklich freien Gebrauch der Zeit, die individuelle Behauptung sowie die Bildung einer Art Gemeinschaft eingeschlossen werden. (Allein, solche Mikrogemeinschaften stellen am Rand der entwickelten Gesellschaft einen Primitivismus wieder her, in dem das Elend zwangsläufig die Hierarchie innerhalb der Bande wieder erzeugt. Diese Hierarchie kann sich nur im Kampf gegen andere Banden behaupten und isoliert jede Bande und in jeder Bande das Individuum). Um diesen Widespruch zu verlassen, muß der Rocker schließlich arbeiten, um Waren zu kaufen und dann steht ein Produktionssektor eigens für seine Rekuperierung als Konsument bereit (Motoräder, elektrische Gitarren, Kleidung, Schallplatten usw.) oder er muß die Warengesetze angreifen, entweder auf primäre Weise, indem er die Waren stiehlt, oder auf bewußte Weise, indem er sich zur revolutionären Kritik der Warenwelt entwickelt. Der Konsum besänftigt die Sitten dieser jungen Rebellen und ihre Revolte fällt in den schlimmsten Konformismus zurück. Aus der Welt der Rocker gibt es nur zwei Ausgangsmöglichkeiten: das revolutionäre Bewußtsein oder der blinde Gehosam in den Fabriken. Die Provos stellen die erste Form der Aufhebung des Rocker-Experiments dar, die Organisation ihres ersten politischen Ausdrucks: Sie sind aus dem Zusammenkommen einiger Überreste der aufgelösten Kunst auf der Suche nach Erfolg und einer Masse junger Rebellen auf der Suche nach Selbstbehauptung entstanden. Durch ihre Organisation sind die einen und die anderen weitergekommen und zu einer neuen Art von Kritik gelangt. Die Künstler haben einige Tendenzen zum Spiel mitgebracht, die immer noch sehr mystifiziert und mit ideologischem Ballast beladen waren; die jungen Rebellen hatten ihrerseits nur die Gewalt ihrer Revolte. Von Anfang an blieben beide Tendenzen in der Organisation getrennt; die Masse ohne Theorie geriet gleich unter die Vormundschaft einer kleinen Schicht verdächtiger Führer, die versuchten, ihre Macht durch Absonderung einer provotarischen Ideologie aufrechtzuerhalten. Statt daß die Gewalt der Rocker bei einem Vesuch zur Aufhebung der Kunst auf die Ebene der Ideen übertragen wird, gewann der neokünstlerische Reformismus die Oberhand. Die Provos sind der Ausdruck des letzten vom modernen Kapitalismus erzeugten Reformismus: des Reformismus des alltäglichen Lebens. Während nicht weniger als eine ununterbrochene Revolution nötig ist, um das Leben zu verändern, glaubte die Provo-Hierarchie wie Bernstein den Kapitalismus durch Reformen in den Sozialismus zu überführen meinte einige Verbesserungen würden genügen, um das alltägliche Leben zu verändern. Indem die Provos das Fragmentarische wählen, akzeptieren sie schließlich die Totalität. Um sich eine Basis zu geben, haben ihre Führer die lächerliche Ideologie des Provotariats erfunden (einen Salat aus Kunst und Politik, naiv gemischt aus den vermoderten Resten einer Fete, die sie nicht gekannt haben), die nach ihrer Meinung dazu bestimmt ist, der angeblichen Passivität und Verbürgerlichung des Proletariats, dieser allgemeinen Binsenweisheit aller Kretins des Jahrhunderts, entgegenzuwirken. Da sie daran verzweifeln, die Totalität umzuwandeln, verzweifeln sie an den einzigen Kräften, die die Hoffnung auf eine mögliche Aufhebung tragen. Das Proletariat ist der Motor der kapitalistischen Gesellschaft und deshalb ihre Lebensgefahr: es wird alles getan, um es zu unterdrücken (Parteien, Gewerkschaftsbürokratien, häufigere Polizeieinsätze als gegen die Provos, Kolonisierung seines gesamten Lebens), denn es ist die einzige wirklich bedrohende Kraft. Die Provos haben davon nichts verstanden; sie bleiben also unfähig, das Produktionssystem zu kritisieren und folglich Gefangene des gesamten Systems. Als ihre Basis sich bei einem Arbeiteraufstand gegen die Gewerkschaften der direkten Gewalt angeschlossen hatte, |