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VOTE SANCTION The French NO against the European Constitution is a NO against an undemocratic, anti-social and intransparent Europe. | Julien Klavel (LAUSANNE). Les Français furent les premiers à refuser par référendum le fameux Traité instituant une Constitution européenne. Leur vote est historique à plusieurs égards. Il nest pas fréquent quils soient consultés, et encore moins quils refusent le texte qui leur est soumis. Ce référendum est le dixième depuis la fondation de la cinquième République en 1958, et seulement le second à voir un NON sortir des urnes. Le premier avait coûté à De Gaulle son poste de président il est ironique que Jacques Chirac, son élève le plus zélé, ne lait pas suivi dans cette voie. Ce NON sappuie en outre sur un taux de participation important mais pas exceptionnel pour un vote de ce genre. ![]() Historique, le NON français lest aussi parce quil aura résisté à une intense pression des dirigeants politiques et médiatiques, majoritairement acquis à la constitution. Le président na pas lésiné sur les moyens ni sur les invitations de soutien de collègues étrangers pour que le OUI lemporte (on naura jamais vu aussi souvent le chancelier Schröder visiter son ami). Cest bien entendu une défaite personnelle pour Chirac: jamais le taux dinsatisfaction vis-à-vis dune présidence na été aussi élevé quà la suite de ce vote. Mais son gouvernement était loin dêtre le seul à défendre le projet de constitution: lopposition socialiste sest également beaucoup investie dans la campagne pour le OUI. De lextérieur, il est difficile de comprendre pourquoi le parti à la rose sest à ce point engagé sur un objet pour lequel il navait que peu à gagner. Cela naura pas empêché une majorité des militants socialistes de voter à linverse de la consigne du parti.(1) On peut dès lors prédire des temps difficiles à ses chefs, plus encore quà un gouvernement déjà pris dans la tourmente depuis longtemps. Le NON des Français démontre donc en premier lieu un fossé impressionnant entre le peuple et ses élites, un cas décole pour tous les critiques de la théorie de la représentation politique. ![]() La grande majorité des médias français défendaient également le traité, ce qui na pas manqué de soulever plus dune protestation sur leur impartialité. Lespace médiatique réservé aux adversaires a été minime, contrairement aux prédictions apocalyptiques associées à un refus de la constitution.(2) Lhomogénéité de lopinion médiatique nest pas sans rappeler que la presse française appartient à un groupe de plus en plus restreint dactionnaires, comme le magnat de lindustrie darmement Serge Dassault. Peut-être que le désaveu du 29 mai permettra de relancer les débats sur cette question... ![]() Les citoyens français ont dit NON contre lavis de tous ceux qui ne veulent pourtant que leur bien. Ont-ils voté contre lEurope, comme plus dun journal et dun homme politique lavait auguré? Très majoritairement: non. Les études Eurobaromètre ont démontré depuis longtemps et encore récemment que les Français approuvent largement le principe de la construction européenne. Lidée dune constitution pour lEurope recueillait encore 72% davis positifs il y a un an.(3) Les enquêtes à la sortie des urnes font apparaître que la première raison qui présida à ce NON est linsatisfaction vis-à-vis de la situation économique et sociale. Il sagirait donc, comme laffirme une première analyse des résultats, dun vote sanction national dont lUnion européenne supportera le coût(4), dun NON au gouvernement à défaut dun NON à lEurope. Faut-il comprendre par là que les Français ne votent pas assez souvent pour saisir la nature des objets qui leur sont proposés? ![]() En évacuant lEurope du résultat de ce référendum, cette analyse passe à côté de lessentiel. Les citoyens français nont pas seulement dit NON à leurs leaders ou à un texte indigeste et très discutable. Quil sagisse dun vote anti-gouvernement, dun NON à la politique économique néo-libérale et à son ancrage constitutionnel (chose par ailleurs inédite et scandaleuse) et/ou dune réaction souverainiste, toutes ces raisons sanctionnent la manière actuelle dont lEurope se construit. Ce vote démontre clairement ce que tout le monde savait déjà mais que certains sobstinaient à ne pas voir: lEurope telle quelle se présente aujourdhui ne convainc plus! Le temps de linvocation des grands principes est fini, ils ne fonctionnent plus comme facteurs de mobilisation. Il faut du concret, et le peu que lEurope donne à voir au citoyen de base nest pas assez enthousiasmant. Lunification monétaire se fait certes à grands pas, mais elle ne profite que peu aux citoyens. Pour ce qui est du reste, lEurope tarde, stagne, voire ne fait rien. Quel est lavantage de ne pas avoir à changer dargent en vacances si la vie de tous les jours a augmenté? Quel est lavantage de pouvoir passer les frontières facilement si le marasme réside partout? Dun autre côté, à quoi sert lEurope si elle ne peut pas empêcher les délocalisations ou les licenciements de masse dentreprises dégageant de gros bénéfices ou pire, si elle est perçue au même titre que le concept flou de mondialisation comme partie intégrante de ce processus, de la crise économique ou de tout autre malheur? Les gouvernements nationaux français ou autres sont dailleurs les premiers à encourager cette perception quand ils accusent lUnion européenne et ses règlements de freiner leur action au lieu dassumer leur responsabilité. Comment ensuite se rendre crédible en défendant un texte sensé renforcer ladite Union? ![]() Néanmoins, les commentateurs auront beau jeu daccuser le gouvernement français davoir mal expliqué cette constitution à ses citoyens: même avec les plus beaux arguments et lemballage le plus affriolant, on ne peut pas vendre éternellement un mauvais produit, dautant plus quand il revêt une telle importance. Bien quapparemment la cause première du NON soit un mécontentement généralisé, il est à parier que les votants auraient approuvé cette constitution sils y avaient vu un moyen de régler ces problèmes et de voir la situation globale saméliorer. Car la majorité des citoyens européens saisissent à quel point la construction politique de leur continent est une chance unique de créer bien plus que ce que les pères de lEurope avaient en tête (plus jamais de guerre) et ce que réalisent ceux qui font lEurope aujourdhui (une pauvre copie du modèle économique nord-américain). ![]() Lenthousiasme pour lEurope est perdu, mais lespoir de la voir changer sera peut-être encouragé par les NON à répétition. Le pire que les faiseurs dEurope puissent faire à présent serait de ne pas accorder toute lattention nécessaire au grand doute qui parcourt les citoyens européens, de continuer à faire comme si leur avis nimportait pas et de présenter lEurope comme un processus dont la voie est unique et inéluctable. On ne saurait mieux faire pour pousser à leuro-scepticisme, voir à pire et sétonner ensuite des succès du NPD allemand ou du FN français... Les premières réactions au NON français et néerlandais ne semblent pas aller dans ce sens. On ne parle plus de cataclysme mais daccident de parcours, on minimise, preuve première que le message na pas (encore?) passé. Mais qui vivra verra. (1) Cest en tout cas ce que lon peut tirer des résultats de lEnquête Ipsos/Le Figaro/France 2/Europe 1 parus dans lédition du 5 juin 2005 du journal Le Monde. (2) On se refera au site http://acrimed.org pour une description critique et détaillée du traitement médiatique de la campagne. (3) www.tns-sofres.com/etudes/pol/240504_europe_n.htm. (4) http://constitution-europeenne.info/special/france_analyse.pdf |