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ETRANGES SUISSES

The Swiss youth dreams differently...

   | Christophe Temler (BERLIN). Regardons ensemble la nouvelle carte de l’Union européenne de préférence de loin: à deux ou trois mètres environ. C’est clair, les frontières se sont diablement étendues à l’est. Et qu’est-ce donc cette tache obscure quelque part entre l’Allemagne et l’Italie? Est-ce une île, ou alors un lac inconnu?
   La Suisse refusait fin 1992 par votation populaire contre l’avis de son gouvernement d’entrer dans l’espace économique européen. Malgré une opinion favorable des milieux économiques et de la classe politique au centre-droit comme à gauche, les nationalistes ont triomphé au nom de la “souveraineté nationale”: le débat n’a finalement pas porté sur l’enjeu économique mais s’est résumé à une discussion émotionnelle sur une adhésion ou non de la Suisse à l’Union européenne politique. Un exemple vient illustrer cet attachement des suisses à leur “souveraineté nationale”: ils n’ont accepté d’entrer dans l’ONU qu’en 2002, soit juste avant Timor-Leste (également 2002) mais après Tuvalu (2000), et tout de même 57 ans après sa création.
   Le pays à la croix blanche est pourtant intimement lié a l’Union européenne. Il est d’abord le pays “culturellement” le plus européen. Ensuite, l’UE demeure le partenaire principal de la Suisse à tous les niveaux (économique, politique, scientifique et culturel). Notons également que beaucoup de lois qui sont adoptées au sein du parlement suisse sont faites en fonction de l’Europe, pour justement demeurer “eurocompatible”, ce qui est aujourd’hui désormais indispensable pour tout échange.
   Entourés et dépendants de l’Europe unie, les suisses ont-ils au moins des connaissances élémentaires sur l’Union? Connaissent-ils ses lois, son fonctionnement, ses mécanismes de prise de décision et ses institutions, et cela afin de comprendre un tant soit peu ce qui se passe dans leur propre pays et de pouvoir se préparer à une éventuelle adhésion? Ça n’est pas manifestement pas le cas, l’ignorance au sein de la population règne. Et qu’en est-il de notre génération? Il semblerait logique que les étudiants en science politique — qui d’autre sinon — abordent la thématique “union européenne” lors de leur cursus universitaire.
   Ces étudiants effectuant leurs études en Suisse ont un profil résolument international et sont ouverts sur l’extérieur. Ils maîtrisent en moyenne trois ou quatre langues, ont presque tous voyagé sur au moins 3 continents, et sont pour des raisons historiques bien souvent binationaux.
   Au niveau des connaissances, suivant la spécialisation choisie, ils sont experts en politique suisse ou internationale, en histoire de la deuxième guerre mondiale, et ont un sens critique aigu. Le nom des capitales des pays du monde entier, la date de naissance de Napoléon ou encore le prénom des femmes des anciens présidents américains n’ont pas de secret pour eux. Cependant, si vous leur demandez ce que fait la Commission européenne ou le Conseil, dans quels pays l’Euro a été adopté, vous ferez face au silence ou a des réponses ma fois bien farfelues. Et pour cause: l’Europe, ses institutions et son fonctionnement ne sont absolument pas abordés dans le cadre de ses cours, et par conséquent non plus lors des discussions entre étudiants. Pis encore, pour la plupart, la jeunesse dont les étudiants font partie, n’ont probablement pas une conscience claire que l’Europe est en train de se construire.
   Fait étrange: on compte en Suisse d’excellentes écoles d’études européennes ou d’institutions ayant l’Europe pour vocation (Bâle: Europa Institut, Lausanne: Institut de Droit Européen, Genève: Centre Culturel Européen), mais elles ne peuvent être suivies qu’après quatre années d’études. Et, fait amusant, ces instituts se flattent d’avoir un pool d’étudiant particulièrement international...